Village de Vernazza, Cinque Terre, vu du sentier
Italie

Cinque Terre : écotourisme au pays de la vigne perchée

Les Cinq Terres. Prononcez leur nom en français et voilà que des images d’armées enfiévrées et de seigneurs déloyaux vous sautent au visage sans crier gare. Ravisez-vous. Vous n’êtes pas dans un remake de Game of Thrones. En italien leur nom chante déjà, comme leur climat et leur vin, comme tout ce qui vit dans ce tout petit pays recroquevillé sur quelques hectares de cailloux escarpés dominant la mer méditerranée. Le Cinque Terre se disent “tchin-qwé térré”, avec l’accent. Ici en Ligurie, ce croissant de terre coincé entre l’arc des Alpilles au Nord, Monaco au Sud et Gênes sur la côte méditerranéenne, les anciens parlent encore des patois locaux hérités du génois. 

Instagram leur a ouvert les portes de la gloire. Les Cinque Terre forment un chapelet invraisemblable de cinq villages exigus aux façades bariolées, reliés entre eux par le chemin de fer ou les sentiers muletiers creusés à même la roche. 10 kilomètres de criques et de falaises accidentées ont suffi à créer la légende. L’isolement total et la mer pour horizon. Ici, la route n’a vu le jour qu’au milieu du XXe siècle. Elle a scellé le destin de ces villages vignerons jusqu’ici restés préservés des folies de ce monde. 

Cinque Terre - Village perché- au soleil couchant
Une vue sublime sur un hameau des Cinque Terre depuis Corniglia

Monterosso, Vernazza, Corniglia, Manarola et enfin Riomaggiore, dans le texte et d’Ouest en Est, sont des villages mythiques. Ils sont accrochés sur des parois rocheuses abruptes suspendues au-dessus la mer, une mer bleu paon qui irise leurs ports de pêche minuscules d’aplats marines et turquoises à couper le souffle. 

Tout autour : la vigne, cultivée en terrasses pierre par pierre, muret par muret, par des générations de viticulteurs acharnés.

On dit que le raisin battu par les vents iodés qui viennent du Sud donne au vin un goût salé.

Inaccessibles pendant des siècles, les villages endormis abritaient jadis des familles de paysans à qui tout manquait. Jusqu’au tournant des années 1970. La route est venue, et avec elle la procession ininterrompue des curieux en mal de pittoresque. Aujourd’hui toute l’année, les touristes affluent en grappes toujours plus fournies pour immortaliser les façades roses, jaunes et ocres bardées de petites fenêtres noires alignées. Au détriment de la vigne.

Culture de vignes en terrasses aux Cinque Terre avec partie cultivée en vigne et l'autre en oliviers
Les cultures en terrasse ont forgé les Cinque Terre depuis des millénaires : ici, à gauche, des oliviers et de la vigne, à droite

Ces dernières années aux Cinque Terre, le tourisme de masse a pris des proportions titanesques, à tel point que le sentier côtier a cédé il y a peu sous l’afflux incessant des visiteurs du monde entier qui se pressent pour admirer le prodige.

La splendeur et l’authenticité de ce territoire classé patrimoine mondial de l’Unesco en 1990 préservé à grand peine, la rudesse d’une géographie qui sculpte autant qu’elle magnifie, le goût de l’Italie par ses plats et son vin unique, les couleurs et la mer baignée de soleil, le tout dans un format de poche : il n’en fallait pas plus pour que la région devienne la coqueluche du tout-Internet en moins d’une décennie.

Les façades colorées de Riomaggiore, Cinque Terre
Les façades colorées de Riomaggiore, Cinque Terre

Pour aimer les Cinque Terre il faut prendre le temps. Il faut essayer, entre le va-et-vient des marées de touristes qui déboulent du petit train ou des ferries qui débarquent de La Spezia, de se frayer un passage pour apprécier le miracle. C’est une région de caractère qui mérite infiniment plus qu’un simple aller-retour qui viserait à courir les 5 villages en une seule journée.

Direction l’Italie : en route pour les Cinque Terre

Le soleil frappe fort sur le sentier côtier qui mène à Vernazza. Les murets de pierres qui longent le chemin cuisent tranquillement, pendant que les chênes verts et les arbousiers se balancent au gré de la brise marine qui rafraîchit par intermittence l’insupportable lourdeur de l’air en ce mois d’août. 

Je m’atermoie sur mes mollets tout subitement rougis malgré les généreux aplats de crème solaire. Au détour d’un virage, la vue s’ouvre sur la côte et seule la longue tige d’un agave en fleur vient griffer le tableau de la mer à perte de vue. 

Agave et cactus à figues de baAgave et figuier de barbarie surplombant la mer, aux Cinque Terrerbarie surplombant la mer, aux Cinque Terre
Agave et figuier de barbarie surplombant la mer, aux Cinque Terre

Mais revenons un peu en arrière, voulez-vous. 

Il y a deux jours exactement, nous étions en Haut-Allier et il faisait 9°c au petit matin. Nous terminions un périple en canoë de 5 jours le long fleuve Allier qui débobine ses paysages de bocages verdoyants de la Lozère à la Loire. Bien sûr, nous nous étions félicités de notre transhumance fluviale avec bivouac, mais les températures plus que fraîches nous avaient un tant soit peu ôté le parfum de l’été. 

Un soir, assise sur ma pagaie devant la tente, alors que je mastiquais rêveusement ma knacki végétale emmitouflée dans ma polaire… j’eus une soudaine envie d’Italie.

La suite des vacances devait se dérouler en un road-trip champêtre sur les routes d’Ardèche centrale… mais il en fut autrement. Heureux les changements inopinés de destination !

“— Et tu veux aller où, en Italie ?, s’enquit mon fiancé avec une pointe d’inquiétude coincée entre les dents.

— Aux Cinque Terre !” m’exclamai-je en me levant d’un bond, comme illuminée par la grâce divine.

Le village de Riomaggiore aux Cinque Terre photographié depuis les terrasses à l'Ouest du village
Le village de Riomaggiore aux Cinque Terre photographié depuis les terrasses à l’Ouest du village

Nos brassières de canoë et la tente rangées dans notre van aménagé, nous partîmes sans plus attendre sur la route de l’Italie. L’improvisation est ce qui donne aux voyages un goût inimitable.

J’ai placé cet article sous le signe de l’écotourisme. Vous pourrez légitimement vous demander pourquoi.

Revenons donc rapidement sur ce qu’est l’écotourisme : l’écotourisme est une forme de voyage responsable qui contribue, d’une part, à la protection de l’environnement, et d’autre part, qui s’inscrit dans une démarche plus large de développement durable contribuant au bien-être des populations. 

Le vert l'emporte partout dans l'arrière pays des Cinque Terre - Ici au domaine viticole Cerrolungo
Le vert l’emporte partout dans l’arrière pays des Cinque Terre – Ici au domaine viticole Cerrolungo

L’écotourisme ne se réduit pas seulement à la visite responsable de sites naturels, c’est aussi une forme de tourisme qui vise à mettre en avant une approche locale, avec une dimension économique, sociale et environnementale.

Le but de cet article sera de montrer qu’il est possible de visiter les Cinque Terre par des moyens de transports permettant de réduire son empreinte carbone (à pied, en train, en kayak) mis aussi de s’intéresser aux populations locales et à leur histoire (ici, la viticulture) pour prendre pleinement conscience du territoire dans toutes ses dimensions.

Jour 1 – Arrivée à Levanto et soirée à Monterosso

Mission du jour : trouver un camping à Levanto

Après avoir roulé 8 bonnes heures depuis la Haute-Loire, nous arrivons dans la petite bourgade de Levanto en fin d’après-midi. Le panorama ici n’a rien d’exceptionnel. Levanto semble s’être figée dans le temps depuis des lustres. 

Pour une région si inondée de touristes, la vétusté des infrastructures est saisissante. Les rues tristes et les immeubles défraichis attestent que la grande époque de la Riviera Italienne s’est depuis longtemps dissoute dans les criques bleu clair. 

Mais Levanto constitue la porte d’entrée la plus à l’Ouest des Cinque Terre. Si l’on arrive à faire abstraction du caractère peu luxueux de ses campings et hôtels, ce point de chute fait très bien l’affaire pour visiter les cinq villages des Cinque Terre avec un logement à moindre coût.

Portrait avec chapeau sur le sentier de randonnée des Cinque Terre
Portrait avec chapeau sur le sentier de randonnée des Cinque Terre

Un tirage à la courte paille nous conduit à nous rendre au camping Alberto d’Oro tenter notre chance en vue de trouver un emplacement pour la nuit. 

Pour rappel : nous débarquons en Italie comme des fleurs et n’avons rien réservé en avance la semaine du 15 août.

Le camping Alberto d’Oro est ce que l’on pourrait appeler “à taille humaine”. Autrement dit, il s’enorgueillit d’une réception sise dans un algeco, d’un minuscule bar avec trois tables en plastique et de huit rangées d’emplacements herbeux bordées de géraniums où se tassent tant bien que mal les vacanciers de passage.

Par chance, l’employée saisonnière arrive à nous trouver une place, un désistement ayant eu lieu la veille. 

Nous nous garons en essayant de ne pas trop dépasser sur l’emplacement d’à côté où un couple d’Allemands vient lui aussi d’arriver. 

À peine leur moteur éteint qu’ils se lancent dans un ballet millimétré pour installer leur campement. Nous les observons ébahis. Pendant que Monsieur s’attaque au plantage des sardines de la tente familiale de 10 mètres carrés avec deux auvents, Madame sort les bagages du coffre de la berline. 

Barques sur l'eau au coucher du soleil, Monterosso, Cinque Terre
Barques sur l’eau au coucher du soleil, Monterosso, Cinque Terre

Pour planter ses sardines, Monsieur n’utilise pas un vulgaire caillou qui traînerait dans les parages ou pire, une vieille savate : il dispose d’un petit marteau prévu à cet effet joliment rangé dans une pochette spéciale. 

Julien et moi parions sur le temps de montage en se bidonnant comme des orangs-outangs. Finalement, le tout est monté en moins de 15 minutes, chaises et table pliante comprises. 

Nous sommes bluffés.

Le soleil décline et nos estomacs commencent à chanter du Toto Cutogno.

Le lieu n’étant décidément pas propice à une soirée romantique, nous décampons vers la gare de Levanto pour aller admirer le coucher de soleil sur la mer, à Monterosso. 

Soirée sur la plage de Monterosso

La gare de Levanto n’est qu’à 10 minutes à pied du camping. On y trottine bras dessus, bras dessous, heureux comme des papes de profiter de la chaleur méditerranéenne du soir tombant. Ça nous change de la Haute-Loire.

La gare de Riomaggiore, suspendue entre falaise et tunnel
La gare de Riomaggiore, suspendue entre falaise et tunnel

Dans le hall de la gare de Levanto, on peut acheter au guichet, en machine ou sur Internet les fameux pass “Cinque Terre” qui comprennent les trajets en train et l’accès aux sentiers de randonnée pour le nombre de jours qu’il vous faut.

Pédicure cobalt assortie au siège du train des Cinque Terre
Pédicure cobalt assortie au siège du train des Cinque Terre

La vente des pass est administrée par le Parc National des Cinque Terre. Les recettes sont utilisées pour l’entretien des sentiers, des transports locaux et du patrimoine du parc.

L’objectif de la mise en place de ces cartes payantes est donc double : permettre de mesurer et contrôler les mouvements touristiques sur ce lieu fortement sujet à la pression touristique et préserver le site grâce à des opérations d’entretien et de réhabilitation.

On choisit l’option “achat au guichet”, guichet qui est désert à 18 heures. Nous sommes ravis de voir que l’hôtesse parle très bien le français. Ça nous évite d’avoir l’air ridicules avec notre italien minimaliste.

La plage aménagée de Monterosso, Cinque Terre, au coucher du soleil
La plage aménagée de Monterosso, Cinque Terre, au coucher du soleil

Deuxième heureuse surprise : les horaires des trains dans les Cinque Terre s’étirent pratiquement jusqu’à minuit.

Monterosso al Mare, de son vrai nom balnéaire, a un petit côté Monte Carlo en miniature. La gare se trouve en toute première ligne sur la mer.

La première chose que vous voyez en sortant, c’est une longue plage de sable plantée de parasols rayés et de transats, la seule des Cinque Terre à être facilement accessible à la baignade. Ailleurs, vous ne trouverez que falaises découpées et criques uniquement joignables par des sentiers escarpés. 

Coucher de soleil sur Monterosso, Cinque Terre, vu de la digue
Coucher de soleil sur Monterosso, Cinque Terre, vu de la digue

Près du rivage, le rocher de Monterosso coupé en deux fait le dos rond devant le soleil qui décline à l’ouest, derrière le cap.

Nous partons en balade pour éviter la plage aménagée que l’on affectionne peu pour se réfugier sur une jetée naturelle de gros cailloux et admirer le spectacle du soleil couchant. 

Le village de Monterosso est tapi un peu plus en retrait des plages à l’Est, après la promenade qui débouche sur un tunnel.

Sur la jetée de Monterroso (Cinque Terre) au coucher du soleil
Sur la jetée de Monterroso (Cinque Terre) au coucher du soleil

On jette ensuite notre dévolu sur un joli bar à cocktails, le Colpi di Timone Monterosso, qui sert des frozen daïquiris dans des buckets pour deux à siroter à la paille. Possibilité aussi de choisir le cocktail national des Cinque Terre, le Spritz (campari – prosecco – tonic).

On s’en retourne à la nuit par le train de 23h30, des paillettes de Dolce Italia plein les yeux.

Jour 2 – Randonnée de Monterosso à Corniglia par le sentier côtier

Arpenter le vignoble le plus escarpé du monde pour rejoindre Vernazza

C’est le petit matin, il est huit onze heures et on attrape le train à la gare de Levanto pour Monterosso.

En pleine journée, quand le soleil est haut, le train des Cinque Terre prend des allures de stroboscope géant.

Les nombreux passages en tunnels percés dans la roche granitique alternent avec des éclairs de lumières inondés de ciel bleu. 

On débarque à Monterosso, la chaleur commence à monter. On passe la guitoune où une jeune fille affable vérifie nos billets. 

Sur le sentier de randonnée de Monterroso à Corniglia, Cinque Terre
Il peut faire très chaud sur le sentier de randonnée de Monterroso à Corniglia, Cinque Terre, mais quelle vue !

Le sentier attaque assez sec par une série de marches à travers la vigne en terrasses. La vue sur la mer se mérite.

Sachez que les Cinque Terre ne se résument pas à un panorama de carte postale coloré. Vous êtes ici en territoire viticole, parmi les plus escarpés du monde.

Depuis 10 siècles, les paysans se sont éreintés à cultiver, sur ces à-pics austères battus par les vents salés, des vignobles en pergola accrochés au rocher.

Un travail de forçat dont la patience et l’ingéniosité force le respect. 

Comme l’explique cet excellent article de Vincent Réa dans Géo (qui a beaucoup inspiré ce billet), jusqu’à il y a peu, les viticulteurs descendaient le raisin à dos d’homme plusieurs fois par jours. La récolte était ensuite acheminée à La Spezia, toujours à pied à travers la montagne.

Ce n’est qu’à la fin des années 1970 que les “trenini”, des mini trains à crémaillère, mono ou bi-wagons, capables d’avaler les pentes de 50%, ont été mis en place pour permettre aux viticulteurs d’escalader les versants sans effort.

Un "trenino" ou train à crémaillère, utilisé pour cultiver la vigne en terrasse aux Cinque Terre, dans des pentes de plus de 50°
Un « trenino » ou train à crémaillère, utilisé pour cultiver la vigne en terrasse aux Cinque Terre, dans des pentes de plus de 50°

Mais la sueur paye. Avec le temps, et le tourisme aidant, le vin blanc des Cinque Terre a gagné ses galons. En contrepartie, la viticulture qui recule dramatiquement au profit des locations Airbnb a fait s’envoler les prix des bouteilles produites par les quelques celliers qui tiennent encore bon (ils étaient autrefois plus de 500).

Parmi les vins de pays, le Sciacchetrà est le nectar sacré des Cinque Terre. En dialecte ligure, sciacchetrà signifie écrasé, en écho à la méthode particulière de pressage des raisins utilisée pour ce grand cru.

Le Sciacchetrà est un vin blanc liquoreux unique, protégé par une Appellation d’Origine Contrôlée. Sa rareté et les conditions dantesques de sa production ont un coût : en moyenne une centaine d’euros la demi-bouteille. 

Culture de vignes en terrasse aux Cinque Terre
Aux Cinque Terre, la culture de la vigne en terrasse a profondément structuré le territoire

De Vernazza, repartir bien vite sur le sentier pour retrouver le calme des hauteurs

Il faut compter environ 1 heure 30 de marche pour rejoindre Vernazza. Le long du sentier jalonné de murs de pierres sèches, les points de vue valent vraiment le détour.

Mais c’est sans doute l’arrivée au-dessus du village de Vernazza qui suscite le plus d’engouement. Tout le monde veut avoir sa photo et des embouteillages se créent. 

Village de Vernazza, Cinque Terre, vu du sentier
Le splendide (mais souvent bondé) village de Vernazza (Cinque Terre), vu du sentier de randonnée

Souvent vous trouverez, dans la littérature en ligne réservée aux Cinque Terre, la question suivante : “Quel est le plus beau village des Cinque Terre ?”. Cette question n’a pas vraiment lieu d’être. Je ne sais si d’aucuns la posent pour s’éviter la perte de temps de visiter les autres villages, mais je le répèterai ici une fois de plus, les Cinque Terre s’apprécient lentement, se digèrent, se contemplent, se respirent, et se vivent pour soi. 

J’aborde cette question parce que Vernazza est souvent le village qualifié de “village le plus beau” des Cinque Terre. Bien sûr, sa petite tour génoise et ses façades roses ramassées le long de la digue ont des atouts certains. Mais une fois en bas, le village n’est que ruelles bondées et queues interminables devant les marchands de glaces de la rue principale. 

Ruelle étroite à Vernazza, Cinque Terre
Ruelle étroite à Vernazza, Cinque Terre

On peine à se frayer un chemin pour aller jusqu’au port, et puis, lassés de tout ce monde, on décide de reprendre le sentier bien vite.

S’élever dans les terrasses permet de retrouver un peu de calme.

Le village de Vernazza vu depuis le sentier de randonnée, avec de magnifiques aperçus des falaises qui plongent dans la mer bleue
Le village de Vernazza vu depuis le sentier de randonnée, avec de magnifiques aperçus des falaises qui plongent dans la mer bleue

Corniglia ou le charme authentique d’un paysage séculaire

Le tronçon jusqu’à Corniglia n’est qu’enchantement. La vigne alterne avec les champs d’oliviers et les prés fleuris. Le spectacle est de toute beauté. 

Corniglia est juchée sur un éperon rocheux, à une centaine de mètres au-dessus de la mer. C’est le village le plus rustique des Cinque Terre, et peut-être pour moi, celui qui a le mieux su garder son charme d’antan.

Le village de Corniglia vue du sentier - Cinque Terre
Le village perché de Corniglia aux Cinque Terre est sans doute le plus intimiste et le plus authentique

Cette situation haut-perchée lui vaut d’être le seul village qui ne peut avoir sa gare au niveau du village. Celle-ci se trouve, comme toutes les autres, en bord de mer. Il vous faudra donc monter une belle volée de 382 marches pour vous rendre dans le centre de Corniglia. Ce seul détail en décourage plus d’un, et c’est tant mieux, car Corniglia est ainsi bien plus tranquille.

Mais revenons à notre légendaire Sciacchetrà. Après vos 3 heures et demi de randonnée en plein soleil, avancez-vous dans le village. Retrouvez la fraîcheur des ruelles étroites et, juste au pied de l’église, choisissez l’une des petites trattorias. Asseyez-vous, et demandez un verre de Sciacchetrà.

Les jambes encore fourbues par la marche, dégustez lentement votre verre. Appréciez sa robe or un peu épaisse. Regardez la buée fraîche perler sur le bombé du verre. Et pensez. 

Deux verres de vin blanc frais photographiés sur fond de coucher de soleil rose
Le vin blanc des Cinque Terre est à déguster frais, avec vue, absolument

Pensez à ces générations de viticulteurs héroïques qui ont porté ce vin jusqu’à vos lèvres, construisant sans relâche les murets sous un soleil de plomb, s’agenouillant à même le sol pour récolter les grappes sous les ceps courbés par le vent, et se cassant les reins pour descendre la montagne leur panier lourd sur le dos.

Dans un seul verre de Sciacchetrà, il y a tout le terroir des Cinque Terre, toute leur histoire viticole, toute la force de leurs autochtones, et toute la singularité de leur paysage. 

Après ce petit apéro hors du temps, nous décidons de dîner à Corniglia. Nous jetons notre dévolu sur un restaurant un peu en dehors du village, La Posada, qui propose des tables avec une vue imprenable sur la mer. 

Plat de raviolis aux langoustines et tomates - Restaurant La Posada - Corniglia - Cinque Terre
Les raviolis aux langoustines et tomates crises confites du restaurant La Posada à Corniglia sont un pur délice

Linguini aux fruits de mer, sardines grillées en escabèche, tartare de thon et pomme verte, poulpe rôti à la crème de patates et agrumes, et, pour les végétariens, une sélection de pasta aux tomates juteuses et légumes du jour. 

Quand le soleil couchant aura laissé place aux premières étoiles de la nuit, dans le voile outremer du ciel, il sera temps de repartir. Grisé·e par quelques verres de vin blanc, il vous sera bien plus facile de dévaler les marches jusqu’à la gare, attraper le train et revenir à votre point de départ en admirant depuis votre wagon, scintillements fugaces au sortir des tunnels, les reflets de la lune sur la mer.

Train en gare de Riomagiorre, Cinque Terre
Le train, un incontournable de tout voyage aux Cinque Terre, de jour comme de nuit

Jour 3 – Kayak de mer de Riomaggiore à Manarola

Nous commençons à être un peu chez nous, en Italie. Les apéros, le vin blanc frais et les antipasti sont devenus de délicieuses routines.

Le troisième jour de notre séjour aux Cinque Terre est l’occasion de tester un autre mode de transport durable : le kayak de mer.

Il n’est pas nécessaire de forcer l’imagination trop longtemps pour se figurer que les villages des Cinque Terre sont encore plus splendides quand approchés par la mer. Quand les ruelles saturées de visiteurs bariolés deviennent moins nettes, plus petites, alors que l’on s’éloigne sur l’eau, et que le port s’ouvre pour ne faire qu’un avec le large, les villages reprennent leur caractère insulaire. 

Mais pour avoir la chance de les aborder par la mer, il faut une embarcation. Pour nous, pas question de choisir l’option des balades en ferries bondés de touristes qui accostent toutes les heures sur l’unique ponton.

Sur l'eau en Kayak de mer aux Cinque Terre
Le kayak la voie royale pour admirer les villages des Cinque Terre depuis la mer

Pour ce 3e jour, nous nous rendons donc en train à Riomaggiore. Direction : la location de kayak du port (nous avions pris soin de téléphoner la veille pour réserver chez Cinque Terre Adventure Boat Tours).

La boutique est toute petite et le jeune blond au look surfeur qui nous tend les deux bateaux ne fait pas très italien (les clichés ont la vie dure), mais il est très prolixe, sauf sur les instructions qui restent rudimentaires.

Le prix par kayak monoplace est de 10€ pour 1 heure, 15€ / 2 heures, 20€ / 3 heures et 35€ la journée. On opte pour la formule 3 heures.

On prend deux bidons étanches qu’on sangle sur les kayaks, deux gilets et c’est parti pour la mise à l’eau. Elle se fait directement sur la jetée du port minuscule de Riomaggiore sur une pente décatie pleine de mousse. 

Pour ceux qui ne connaissent pas, le kayak de mer donne des sensations fascinantes. Au raz de l’eau, on sent les vagues soulever le franc-bord et le moindre clapotis prend des allures de montagnes russes.

Mais la magie opère dès qu’on commence à prendre le large.

On s’éloigne dans le soleil à grands coups de pagaie, direction l’horizon Manarola. 

Riomaggiore est splendide vue de la mer.

Départ de Riomaggiore en Kayak de mer
Départ de Riomaggiore en Kayak de mer

Pour notre première pause, on choisit de s’arrêter sur une petite crique entre les deux villages pour se baigner. Calme assuré ! 

Dans les Cinque Terre, la navigation et le mouillage sont réglementés par le Parc, par conséquent pas de risque de devoir se tremper au milieu des vedettes à l’ancre.

Il faut environ ¾ d’heure pour rejoindre Manarola en pagayant. 

Manarola, village des Cinque Terre
Manarola vue de la promenade qui la contourne à flanc de falaise

À l’arrivée par contre, c’est plus compliqué. On n’a pas de corde (un “bout” on dit en langage de marins) pour attacher les kayaks ! Sans amarre digne de ce nom, pas moyen de les accrocher aux anneaux du port. On décide donc de les remonter sur la cale (la descente bétonnée qui sert à la mise à l’eau des bateaux) mais l’exercice est périlleux car en pleine saison, elle est envahie de baigneurs en train de bronzer. Les estivants nous regardent traîner nos embarcations d’un mauvais œil pendant qu’on tente de zigzaguer lestement entre les serviettes.  

Fresque murale écaillée photographiée à Riomaggiore
Les Cinque Terre font honneur à l’Italie de la Renaissance : on trouve, au détour des ruelles, des fresques parfois sublimes

Un peu plus haut, on laisse les kayaks, on s’habille et on part visiter Manarola. Le village est adorable, pittoresque à souhait, et la jolie promenade depuis la jetée permet d’avoir des vues imprenables sur les façades colorées.

Nous sommes de retour à Riomaggiore en fin de journée, juste à temps pour se préparer pour le coucher de soleil, qui plonge dans la mer juste en face du port.

Cornets de fruits de mer à emporter dégustés en apéro au coucher du soleil sur la digue de Riomaggiore (Cinque Terre)
Cornets de fruits de mer à emporter dégustés en apéro au coucher du soleil sur la digue de Riomaggiore (Cinque Terre)

Un cornet de fruits de mer frits à emporter, deux bières et nous voilà installés sur la jetée, face à l’astre qui amorce sa descente. Un pur moment de bonheur, et un spot unique !

Coucher de soleil plein ouest photographié depuis la digue de Riomaggiore, Cinque Terre
Coucher de soleil plein ouest photographié depuis la digue de Riomaggiore, Cinque Terre

La soirée sera passée à Riomaggiore, qui est un gros coup de cœur pour nous et c’est tant mieux, car nous avons réservé une nuit d’hôtel dans le village pour profiter des dernières heures du jour. 

De nuit, n’hésitez pas à arpenter les ruelles en escalier et à vous perdre sur les hauteurs, entre vignobles miniature et quartiers suspendus.

Nous avons réussi (rappel : nous n’avions rien réservé à l’avance) à trouver une chambre dans un petit hôtel très correct, en plein cœur de Riomaggiore. Le lendemain, nous retournerons à Levanto pour nous enfoncer dans l’arrière-pays.

Le village de Riomaggiore (Cinque Terre) photographié de nuit
La nuit, les façades colorées de Riomaggiore s’harmonisent dans la lumière dorée des réverbères

Jour 4 – Agritourisme au domaine viticole Cerrolungo

Le camion s’élève par les petites routes au-dessus de La Spezia et l’air devient plus vif. Les collines verdoyantes ondulent au gré des virages. L’arrière-pays des Cinque Terre mérite vraiment le détour.

La région qui s’étend d’Est en Ouest comme une langue au Nord de La Spezia s’appelle le Val di Vara. Elle contraste radicalement avec le paysage méditerranéen de la côte.

Sur les hauteurs, les forêts de châtaigniers et les pins remplacent les oliviers et les arbousiers.

Les petits villages médiévaux se succèdent et au détour des collines, les fermes et les productions viticoles qui ont fait des séjours d’agritourisme — “agriturismo” — leur fer de lance, vous accueillent à l’ombre de leurs terrasses qui surplombent la vallée.

Portail qui s'ouvre sur un chemin à travers une végétation verdoyante au domaine de Cerrolungo
Le portail d’entrée du domaine de Cerrolungo marque immédiatement le thème du tourisme vert

Le domaine Cerrolungo est géré par cinq femmes de caractère, qui ont décidé de faire revivre la tradition viticole sur ce magnifique domaine. Les techniques de vinification traditionnelle donnent à leur production son goût unique. Ruzzese, Sangiovese, Ciliegiolo, Canaiolo : les cépages autochtones de la Ligurie utilisés donnent naissance à des vins blancs et rouges qui nous ont laissé sans voix.

Verre de vin blanc et bouteille du domaine de Cerrolungo, Cinque Terre

Quand le soir tombe sur La Spezia et que le soleil rougeoyant disparaît au loin, on s’installe sur la pergola débordante de glycine pour déguster un verre de vin blanc frais. 

Chambre sobre et fraîche au domaine de Cerrolungo, Cinque Terre
Chambre sobre et fraîche au domaine de Cerrolungo, Cinque Terre

Le dîner est préparé maison, par le domaine, et c’est un régal du début à la fin. 

Sur la terrasse du domaine de Cerrolungo, Cinque Terre
Sur la terrasse du domaine de Cerrolungo, Cinque Terre

Les derniers rayons du soleil disparaissent au-delà de la vallée. Notre séjour touche à sa fin, mais on se dit qu’on resterait bien ici plus longtemps…

Les Cinque Terre, c’est un peu ça : prendre le temps de vivre pour s’imprégner autant de l’histoire de la terre que de la gentillesse des habitants.

Culture de la vigne et agritourisme au domaine de Cerrolungo, Cinque Terre
Culture de la vigne et agritourisme au domaine de Cerrolungo, Cinque Terre
Coucher de soleil flamboyant sur les forêts de pins du Val de Vara (Cinque Terre)
Coucher de soleil flamboyant sur les forêts de pins du Val de Vara (Cinque Terre)
Ambiance familiale et rustique au domaine de Cerrolungo, Cinque Terre
Ambiance familiale et rustique au domaine de Cerrolungo, Cinque Terre

CINQUE TERRE : INFOS PRATIQUES


Comment se rendre aux Cinque Terre ?

Comme je vous le contais quelques lignes plus haut, les cinq villages sont restés longtemps uniquement accessibles par la mer, le rail ou les sentiers pédestres. 

Aujourd’hui il y a bien une route, certes. Mais pour veiller sur son label de patrimoine mondial de l’Unesco et protéger le site, le Parc National des Cinque Terre tente par tous les moyens d’endiguer l’effarante pression touristique. Ne vous avisez donc pas de vous y précipiter en décapotable ou pire, en camping car pour goûter le parfum de la dolce vita. Le Parc veille à décourager les automobilistes à grands renforts de parkings hors de prix aux places limitées positionnés aux portes des villages, pour endiguer l’engorgement inévitable qui guetterait sans quoi les étroits lacets de bitume. 

Pour visiter les villages et vous en approcher au mieux, il vous reste donc vos jambes, la mer, ou le train. Vous vous doutez bien que mon caractère aventureux a privilégié ces trois moyens pour découvrir ce petit bijou de territoire.

Considérant que s’aventurer vers les villages en voiture n’est pas une bonne idée (même si l’idée de trouver un petit bout de chicane sur la route pour passer la nuit dans le camion avec la mer en face se serait avéré fort tentant), l’itinéraire de visite présenté dans cet article combine harmonieusement randonnée et déplacements en train. 

Qui plus est, l’accès aux eaux territoriales étant réglementée par le parc pour les ferries assermentés et les embarcations non polluantes, nous ajoutons aussi une journée de kayak, pour accéder aux villages par la mer et fureter dans les criques alentour.

Choisir son camp de base : Levanto ou La Spezia

Si vous êtes venu·e avec votre propre véhicule, vous aurez deux options de parkings pour stationner et rejoindre une gare limitrophe qui permet de rallier les cinq villages : La ville de La Spezia (tout à l’Est, après Riogmaggiore), ou celle de Levanto (tout à l’Ouest, avant Monterosso). Si d’ailleurs vous arrivez par l’avion + le train c’est le même choix qui s’offre à vous pour le point de chute.

La Spezia est le chef-lieu de la province de Ligurie. Elle abrite un important port marchand et a autrefois employé des générations d’hommes des Cinque Terre sur ses chantiers navals. Séjourner dans une grande ville ne nous a pas fait envie. La Spezia nous apparaît sans charme et nous n’avons pas du d’appétence pour l’ambiance d’une cité balnéaire avec ses immeubles, ses palmiers, ses plages artificielles et son port de plaisance gigantesque.

Nous jetons donc notre dévolu sur Levanto, sans trop savoir à quoi nous attendre, mais la petite taille de la ville nous laisse aussi présager des tarifs plus avantageux pour les nuités.

Se loger à Levanto : hôtel ou camping ?

Les hôtels à Levanto sont chers quand on n’a pas pu réserver à l’avance, et qui plus est, il ne nous font pas rêver. Nous décidons d’opter pour le camping pour garer notre van aménagé.

Il y a 5 campings à Levanto, situés plus ou moins loin de la gare. Nous jetons notre dévolu sur de camping Albero D’Oro, en priant pour qu’il y ait de la place. 

C’est un tout petit établissement familial, les emplacements sont ombragés mais minuscules, l’accueil y est chaleureux et les prix… assaisonnés. Le tarif était, de mémoire, de 48 euros par nuit pour deux adultes et un camion (tarif camping-car).

Le point positif : la gare ferroviaire de Levanto n’est qu’à 500 mètres (moins de 10 minutes de marche) et le supermarché aussi (dans l’autre sens). 

Le personnel du camping est très aidant et se fera un plaisir de vous renseigner. Nous concernant, il se sont pliés en 4 en pleine saison pour nous caser sur des places libérées à la dernière minute, alors que nous n’avions rien réservé du tout.

Visiter les Cinque terre en train

Le Parc National propose des pass pédestres et/ou train qui sont bien pratiques, mais pas donnés. Comptez 16€ à la journée ou 29€ le pass + train 2 jours pour un adulte. Les pass famille semblent, à vue de nez, plus intéressants. Il est possible d’acheter les pass en ligne sur le site officiel du parc.

À noter : si vous ne prévoyez pas de marcher sur les sentiers (dont l’accès est payant) il est aussi possible de ne prendre qu’un billet de train pour un trajet, qui coûte 5€ par personne A/R. 

Location de kayaks à Riomaggiore

Nous avons loué nos 2 kayaks monoplace chez Cinque Terre Adventure Boat Tours et nous avons été très contents du service. La boutique parle anglais ce qui nous a facilité la vie.

Elle se trouve juste devant le port, donc aucun souci pour la mise à l’eau. Il y a un tuyau d’eau pour se rincer en revenant.

Le prix par kayak monoplace est de 10€ pour 1 heure, 15€ / 2 heures, 20€ / 3 heures et 35€ la journée. On opte pour la formule 3 heures. Compris dans le prix : les pagaies et les gilets.

Vous pouvez aussi choisir un kayak biplace (tarif : 15€ / 1h, 25€ / 2h, 35€ / 3h et 50€ la journée).

Cinque Terre : où dormir ?

Nous avons prévu de rester 4 jours et trois nuits aux Cinque Terre. 

Pour des questions d’optimisation de budget (et oui quand on décide comme ça, comme une fleur, de se pointer au Cinque Terre la semaine la pire de l’année, celle du 15 août, sans avoir réservé, il ne faut pas se leurrer : 1) tout est plein, et 2) les prix sont exorbitants).

Deux nuits seront passées à l’extérieur des villages des Cinque Terre à Levanto au camping avec notre van, et une nuit sera passée dans le village de Riomaggiore, qui nous est apparu d’une part charmant, et qui présente l’avantage de proposer la location de kayaks de mer (voir plus loin). 

L’hôtel que nous avons choisi s’appelle Vento di Grecale (« Vent d’Est »), il se trouve en plein cœur du village. C’est un milieu de gamme (autour de 100 euros la nuit) parfait pour flâner dans les ruelles au clair de lune.

Nous passons également une nuit dans le très agréable domaine d’agritourisme « Cerrolungo« , dans l’arrière-pays (environ 90€ la nuit).

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Matériel photo : Toutes les photos de cet article ont été prises avec un Canon G7X


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