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Giuseppe, rencontre inattendue sur les hauteurs de Vintimille

Au premier coup d’œil, on voit que Vintimille n’est plus ce qu’elle était. La station balnéaire qui a connu ses heures de gloire dans les années 1970 n’a plus à offrir au visiteur de passage que des façades défraîchies et des échangeurs autoroutiers vétustes. Aujourd’hui mieux connue pour sa gestion complexe des migrants renvoyés de France ou venus d’ailleurs, et pour son marché gigantesque où se vendent entre autres des contrefaçons de grandes marques, Vintimille apparaît triste et sans saveur. Aux portes de la Riviera Ligure, juste après la frontière, rares sont aujourd’hui les touristes qui s’y arrêtent. Et pourtant. De retour d’une échappée dans les Cinque Terre, une pause intermédiaire côté italien pour découper la longue route retour a été l’occasion d’une rencontre tout à fait inattendue avec un autochtone au grand cœur qui vit sur les hauteurs de Vintimille : Giuseppe.

Dans la montagne de Vintimille

Giuseppe est né dans le village de Calvo, dans la vallée qui s’étend au nord de Vintimille. Aujourd’hui, il habite dans la maison familiale en pierres, à flanc de montagne, dans le petit hameau de Serro Superiore. Giuseppe est à la retraite depuis quelques années. Il a eu plusieurs vies, dont l’une l’a conduit à travailler en France, il parle donc très bien le français. C’est en cherchant une halte pour la nuit sur Airbnb, à la frontière mais côté italien, pour rester encore un peu en vacances sur le trajet retour depuis les Cinque Terre, que je suis tombée sur son annonce Airbnb.

Panorama de la vallée de Serro Superiore au-dessus de Vintimille
La vallée au coucher du soleil, depuis Serro Superiore, au-dessus de Vintimille.

Les commentaires des internautes étaient enthousiastes, voire bucoliques : “endormez-vous au chant des grenouilles et réveillez-vous au chant des oiseaux”. À 15 minutes à peine de route depuis Vintimille, il fallait tenter.

La vallée qui s’étend au pied des montagnes jusqu’à Serro Superiore n’a rien de bucolique, en revanche. Bardée de friches industrielles, carrières, lignes haute tension et hameaux qui périclitent, on s’y fraye un chemin sur des routes délabrées, dans une ambiance un peu improbable de fin du monde. Mais il faut persévérer. Une fois qu’on prend de l’altitude, la route qui devient raide vous amène après une suite d’épingles à cheveux périlleuses jusqu’au hameau de Serro Superiore.

Arcades dans le hameau de Serro Superiore
Arcades dans le hameau de Serro Superiore, à une quinzaine de minutes de Vintimille.

Sortez de la voiture et vous serez entourés de maisons en pierre, champs d’oliviers en terrasses et figuiers languissants au bord de la route. Les oiseaux sont bien là. Giuseppe vient à notre rencontre. Il nous serre la main avec un large sourire. “Bienvenus à Serro Superiore !”

Un hôte simple et attachant

Il nous fait visiter sa maison. La confiture de figues du jardin est en train de mijoter dans la petite cuisine. Bien sûr, on est chez l’habitant, il ne faut pas s’attendre à un hôtel grand luxe. Mais la maison sur trois étages aux murs de chaux blanche a du charme. Tout en bas, Giuseppe a aménagé une chambre pour les touristes de passage. Il y a même un étroit balcon qui donne sur les montagnes en face. Il nous annonce avec fierté qu’il ne reçoit pas que des Français en transit mais aussi des Anglais, des gens du nord de l’Europe, et même des Néo-zélandais.

Nous lui demandons si nous pouvons dîner avec lui ce soir, ayant lu qu’il préparait d’excellents repas typiques. À la tombée du jour, nous voilà installés sur la très grande terrasse de la maison qui surplombe toute la vallée. On tire les chaises en plastique et on déplace les morceaux de tuiles romaines qui maintiennent la toile cirée en place. Giuseppe a préparé trois plats, dans les règles de l’art. En entrée, des concombres du jardin, une omelette aux herbes fines et au parmesan, et des pastas fraîches façon bolognaise.

L'omelette de Giuseppe
L’une des spécialités de Giuseppe : l’omelette aux herbes du jardin et au parmesan.

Il nous parle de cette vallée qui souffre et qui se vide de ses habitants. Les jeunes qui partent travailler à Vintimille et ailleurs, les cultures en terrasse qui tombent en friche. Il cultive encore quelques parcelles d’oliviers et fait lui-même son huile, qu’une amie lui presse un peu plus bas au village. Ses serres lui permettent d’avoir des fruits et des légumes toute l’année. Il fait aussi son vin, un rouge plutôt rustique. Il sourit en nous disant que chaque bouteille est unique et que parfois, il tient un millésime et qu’à d’autres moments, ce n’est pas tout à fait ça. On rigole.

Terroir montagnard de labeur 

Une énorme demi-pastèque arrive sur la table, accompagnée d’un flan au caramel. Giuseppe nous parle d’Airbnb, de ses déboires à s’inscrire sur le site, aidé d’une amie, des premiers visiteurs qui tardent à arriver et puis finalement, des réservations qui s’enchaînent suite à un premier commentaire élogieux. Il faut bien se diversifier, alors que tout meurt ici, et d’ailleurs des voisins vont lui emboîter le pas.

Flan de Giuseppe
Le flan au caramel de Giuseppe

Le chant des cigales monte des montagnes, la ligne à haute tension se détache sur le ciel noir. Ce n’est pas à proprement parler un paysage grandiose, mais il se dégage une mélancolie de ce terroir montagnard de labeur. Peut-être celle du temps où les habitants vivaient simplement de leurs cultures et entretenaient encore les terres.

Le lendemain, le petit déjeuner nous attend sur la terrasse. Giuseppe est parti travailler. Il tient malgré tout à revenir juste avant que nous ne repartions, pour nous dire au revoir. On le voit s’approcher en brandissant un pot de confiture de figues.

“C’est pour la route !”. Encore ce franc sourire et cette casquette plate. Nous espérons que les visiteurs seront encore nombreux à venir rendre visite à Giuseppe, pour qu’il leur raconte l’histoire du pays. Les rencontres authentiques sont de celles qui font les vrais voyages.

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