Femme assise au bord de la rivière d'Argent dans la forêt d'Huelgoat
Bretagne,  Escapades & Weekends

La forêt d’Huelgoat : légendes de « l’autre Brocéliande »

Il est dit que dans les temps anciens, une forêt immense et dense recouvrait la Bretagne toute entière. C’est le mythe de la grande sylve armoricaine, qui recouvrait la Gaule au moment de la conquête du valeureux César. Ce paradis des chênes centenaires, des hêtres et des châtaigniers où prospèrent entre les rayons du soleil mousses rebondies et fougères graciles, a donné naissance à la légende de la forêt de Brocéliande, une forêt magique dont les premiers récits remontent au Moyen Âge, forêt qui aurait abrité Merlin, la fée Morgane, et autres légendes du Roi Arthur. 

Aujourd’hui, personne ne s’accorde sur la localisation exacte de Brocéliande. Si les historiens du XIXe siècle l’ont plutôt située du côté de Paimpont, depuis les années 1980, des voix s’élèvent contre ce qui apparaît comme un évident crime de lèse-majesté, brandissant des hypothèses contraires.

Ainsi, la légendaire Brocéliande pourrait bien aujourd’hui subsister non à Paimpont mais dans la zone représentée par les 1000 hectares de la forêt d’Huelgoat, qui se trouve dans le Parc naturel régional d’Armorique, en centre Finistère.

Arbre éclairé par le soleil avec ses racines noueuses
Les arbres de la forêt d’Huelgoat vous font réaliser qu’ils sont des êtres vivants à part entière, tant leur présence est forte et sensible

Pour de nombreux spécialistes dignes de ce nom, la forêt d’Huelgoat mériterait haut la main le titre. Dans ses sous-bois verdoyants riches d’une biodiversité hallucinante coulent des rivières d’argent, entre de gigantesques blocs rocheux où se cachent fées, nymphes lubriques et esprits malins. 

Au gré d’une promenade onirique, perdez-vous sur les nombreux sentiers qui quadrillent les bois d’Huelgoat pour découvrir la Grotte du Diable, le Gouffre, le campement du Roi Arthur, la Roche Tremblante ou encore la Mare aux Fées. Poussez votre chemin jusqu’au magnifique menhir isolé de Kérampeulven dans un hameau traditionnel qui semble tout droit sorti des temps anciens. Un itinéraire qui ravira petits et grands enfants amoureux de contes fantastiques.

Carte touristique de la forêt d'Huelgoat, éditée par l'Office de Tourisme des Monts d'Arrée
Carte touristique de la forêt d’Huelgoat, éditée par l’Office de Tourisme des Monts d’Arrée (Cliquez pour télécharger le PDF)

Mon itinéraire en forêt d’Huelgoat : une variante du sentier “Découverte”


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Vous êtes sur la place du village d’Huelgoat et un petit vent frais souffle agréablement entre les ruelles. Vous en profitez pour réviser votre Breton, car ici, en centre Finistère, on est un peu dans le cœur du réacteur de ce qui se fait de plus authentique en Bretagne, et c’est toujours bien de ne pas faire tâche. Sachez donc que le nom Huelgoat signifie  « le bois d’en haut ». Il vient des mots bretons “uhel” qui signifie haut, et “koat / goat”, qui veut dire forêt. 

Femme avec chapeau marchant dans la forêt d'Huelgoat
Marcher, seule, sur le sentier de la forêt d’Huelgoat offre un sentiment unique de liberté et de communion avec les éléments

Ne me demandez pas pourquoi “d’en haut”, je n’en sais fichtre rien, d’autant qu’il m’a semblé que la forêt se trouvait en contrebas du village. Mais, comme dirait l’autre, il y a toujours les lieux-dits “d’en haut” et ceux “du bas”, le premiers ravissant la vedette aux médiocres seconds dans bien des cas.

Vous résistez à l’envie de vous enfiler une énième galette à l’andouille pour aller vous dégourdir les jambes dans les sous-bois. Pour la balade, plusieurs choix s’offrent à vous avant de vous enfoncer plus avant dans les entrailles de la forêt enchantée. Il existe un itinéraire “Découverte” balisé de jaune, très facilement repérable, qui démarre derrière la mairie.

Arbre isolé avec rochers au pied dans la forêt d'Huelgoat
Des blocs de roches, des arbres qui poussent au milieu : voici comment on pourrait décrire la forêt d’Huelgoat

J’ai effectué cet itinéraire dans le sens classique, en commençant donc derrière la mairie et en longeant le canal jusqu’à l’ancienne mine, mais je trouve que découvrir la forêt d’Huelgoat dans l’autre sens est beaucoup plus intéressant. 

Je vous propose donc une variante de l’itinéraire “Découverte” en démarrant au Moulin du Chaos, près de l’étang puis en terminant à la mairie. Faire la balade dans ce sens vous permet de commencer par les points d’intérêt les plus oniriques et les plus impressionnants de la forêt, quand la partie “canal” peut être, à sa décharge, un peu rébarbative. 

Autre avantage, vous pourrez très bien, si le temps vous manque en fin de promenade et que vous n’êtes pas particulièrement adeptes de la culture minière, shunter la partie “mine” pour revenir plus rapidement vers le centre du village.

Arbre de la foret d'Huelgoat dont le tronc sculpte un visage
Les arbres de la forêt d’Huelgoat sont vivants et… parfois farceurs !

Il faut compter environ 2 heures pour le tour (environ 10 km), à la louche, mais il est bien connu que dans les forêts magiques, l’on se perd… Prévoyez donc plutôt une bonne après-midi, pique-nique compris, pour bien vous immerger dans ce poumon vert fantasmagorique. 

Pour l’heure, continuez votre chemin jusqu’au splendide lac d’Huelgoat où flottent innocemment quelques barques de pêcheurs. Ne vous fiez pas à son extrême tranquillité…

Le Moulin du Chaos, porte d’entrée de la forêt d’Huelgoat

Le Moulin du Chaos garde l’entrée de la forêt d’Huelgoat. Construit en 1339, il servait jadis à moudre le grain. Aujourd’hui reconverti en boutique de créateurs d’artistes du cru plus ou moins inspirés, sa roue à aube siffle encore quelque chant traditionnel oublié. 

Chat à l'affût dans un arbre
Dans la forêt d’Huelgoat, il n’y a pas que les fées et les korrigans qui guettent votre passage du haut des arbres centenaires…

Au niveau du moulin, le lac d’Huelgoat, immobile derrière le pont, s’écoule soudain en une cascade tonitruante formant la rivière d’Argent (qui tient son nom de l’exploitation des mines argentifères), qui bondit entre un chaos de roches granitiques pour se perdre dans la forêt.

Rivière d'Argent dans la forêt d'Huelgoat
La « rivière d’Argent » qui coule dans la forêt d’Huelgoat

Ce “chaos de pierres” est l’une des principales curiosités d’Huelgoat. La légende raconte que Gargantua, déçu de la “bectance” qui lui avait été proposée par les villageois alors qu’il criait famine, aurait caillassé dans sa fureur le village de gigantesques blocs rocheux.

Dans ses “Bretonneries d’Automne” (1913), l’écrivain L. Boivin décrit à merveille la splendeur surréaliste de “ces énormes blocs de pierre qui surgissent du sol comme par enchantement, [avec leurs] attitudes bizarres et inquiétantes [….] suspendus aux flancs des coteaux [….], dressés [….] au creux des clairières, [….] dissimulés dans les futaies centenaires, jetés [….] dans le lit des rivières[….], disséminés dans les prairies verdoyantes, émergeant de la terre brune des sillons labourés”

Roches massives empilées du "chaos de pierres" de Huelgoat
Roches massives empilées du « chaos de pierres » de Huelgoat

D’un point de vue plus scientifique, ces roches auraient été formées par des masses liquides en fusion remontées du centre de la Terre, bulles de lave géantes qui se seraient solidifiées en se rapprochant de la croûte terrestre. 

Elles auraient été découvertes à l’air libre au fil du temps par l’érosion, puis auraient glissé le long de la rivière en s’entrechoquant les unes contre les autres, créant un impressionnant amas “chaotique” et désordonné de blocs de granit de plusieurs centaines de tonnes.

Exploitation des boules granitiques : le pire a été évité

Au XIXe siècle, les exigences de rentabilité d’une économie industrielle grandissante font que l’on se penche sur les gigantesques boules de granit, jugées inutiles en tant que telles. On commence alors sans vergogne à dépecer les colosses, et d’innombrables blocs disparaissent. Il faut l’intervention musclée d’écrivains et d’associations pour arrêter la destruction de ce patrimoine géologique exceptionnel.

Victor Segalen, écrivain Breton (voir plus loin), écrit à ce sujet, dans son ouvrage A Dreuz an Arvor (1899) : “Il y a vingt ans, frappé de l’inutilité de tous ces gros cailloux, on eut la suave idée de les exploiter comme pierre à bâtir, et, avec une pleine désinvolture, on se mit à les débiter à la scie, à les émietter à la poudre… La pierre branlante faillit y passer, et une partie du chaos se transforma en jolis petits moellons plus utiles, évidemment, et surtout de vente plus facile que les grands blocs primitifs. Il fallut une intervention énergique pour arrêter cette mutilation.”

La Grotte du Diable, ou pourquoi les révolutionnaires sont les bienvenus à Huelgoat

Vous devrez vous frayer un chemin à travers le chaos de pierres moussues pour accéder à la Grotte du Diable, blottie dans les profondeurs de la Terre. Des arbres isolés ont poussé là, au milieu des immenses blocs de pierre. Ici déjà, la légende commence… 

Chêne entouré de blocs rocheux dans la forêt d'Huelgoat
Non loin de la grotte du Diable, le paysage prend des allures inquiétantes…

Plusieurs récits ont donné à la Grotte du Diable son nom. Le premier est plutôt pragmatique. Jugez plutôt : cette grotte descendant au plus profond des entrailles des enfers, le Diable y aurait tout naturellement établi sa demeure pour remonter à la surface quand bon lui semble et semer à loisir terreur et zizanie auprès des habitants du village. 

La seconde hypothèse est plus historique. Elle fait allusion à un malheureux révolutionnaire originaire du village voisin de Berrien, poursuivi par les partisans du Roi. Il se serait réfugié dans la grotte in extremis, avec pour seule arme sa fourche de paysan, coiffé d’un chapeau planté de deux plumes rouges.

Lumières qui se reflètent dans un tas de rochers empilés
La lumière filtre à peine à l’entrée de la grotte du Diable à Huelgoat… Au fond, qui sait quel démon peut surgir des profondeurs de la terre ?

Saisi par le froid dans les profondeurs de la grotte, il y aurait allumé un feu pour se réchauffer, le pauvre ère. Les chouans à ses trousses auraient alors vu se dessiner sur la paroi l’ombre d’un démon à cornes avec son Trident et auraient décampé en criant “au Diable !”. Preuve que les convictions républicaines sont parfois encouragées par les forêts légendaires. 

La Roche Tremblante, ou comment se casser le dos

Une fois sorti·e du gouffre des Enfers, dirigez-vous vers la colline un peu plus loin. Juste à l’aplomb se trouve un bloc de granit isolé rescapé de la carrière, sorte de gigantesque parallélépipède de sept mètres par trois qui pèserait, aux dires des habitants d’Huelgoat, plus d’une centaine de tonnes. Comment ce géant est-il arrivé là ? Personne ne le sait.

Sur le théâtre de la Roche Tremblante, un attroupement forme un cercle. Des murmures perplexes s’échappent çà et là. Au milieu du groupe, un Breton né non loin d’ici se tient debout, une bière locale à la main. Il met tout le monde au défi.

Bloc rocheux de plusieurs tonnes appelé la "Roche Tremblante"
La légende dit que la « Pierre Tremblante » d’Huelgoat, qui pèse plus de cent tonnes, peut être ébranlée d’un simple coup d’épaule…

Si l’on se place au bon endroit, au coin du bloc de pierre, on peut, d’un simple coup d’épaule, faire osciller le mastodonte sur son axe. Le sourire en coin, il lâche négligemment : « Un enfant de 5 ans peut y parvenir ! ». 

Il n’en fallait pas plus pour que la poignée de touristes piqués au vif se presse contre le roc pour essayer de l’ébranler. Évidemment, j’essaye à mon tour… sans succès. Un Hollandais habile qui a trouvé l’astuce se rapproche et nous montre. Il appuie son dos contre la roche et en poussant sur les jambes, parvient à donner au rocher une oscillation irréelle d’avant en arrière.

La Roche Tremblante bouge donc bel et bien ! L’explication logique résiderait dans le fait que le bloc serait posé en équilibre sur son arête, facilitant l’oscillation quand on trouve le point de friction. 

Le Ménage de la Vierge, source miraculeuse et apparition

En redescendant le long de la rivière d’Argent, vous passerez par un site qui a fait les grandes heures touristiques d’Huelgoat depuis des siècles. Les roches du chaos de pierre sont ici empilées de manière précaire et les âmes les plus imaginatives y auraient vu tout l’attirail de cuisine d’un Géant.

Si l’on y regarde bien on peut donc apercevoir “un chaudron, une louche, une baratte à beurre et un soufflet”. Croyez-moi, j’ai eu beau plisser les yeux sur les roches monumentales, je n’ai rien vu qui ressemble aux ustensiles d’un Golgoth. 

Le Ménage de la Vierge dans la forêt d'Huelgoat
« Le Ménage de la Vierge » de la forêt d’Huelgoat est en empilement de blocs rocheux massifs où d’aucuns ont reconnu les ustensiles d’une cuisine de Géants…

Mais au fait, pourquoi la Vierge ? C’est que celle-ci serait apparue à un ermite qui vivait dans une hutte non loin de là (on ne dit pas de quel breuvage le-dit ermite s’abreuvait alors). 

Autre explication : cela tiendrait au fait que les rochers renferment une “source miraculeuse”, un trou dans la roche qui se remplirait comme par magie non par la rivière, mais par quelque procédé occulte. Or, la Vierge chrétienne est souvent associée aux cultes anciens de l’eau provenant de la pierre ou de grottes.

Ancienne carte postale du Ménage de la Vierge à Huelgoat (Finistère)
Une carte postale vintage qui atteste bien de l’attrait touristique ancien pour le Ménage de la Vierge à Huelgoat

Le Pont Rouge, ou les amants déchus

Si vous continuez votre chemin en longeant la rivière (n’hésitez pas à descendre sur le tout petit sentier au bord de l’eau, qui est bien plus sauvage que le chemin forestier), vous passerez devant le “pont rouge”.

Ce dernier, tout en pierre, date de l’époque des Gaulois Osismes, peuple du groupe des celtes armoricains, qui occupaient la région du temps d’Artus (le Roi Arthur). 

Roche percée au bord de la rivière d'Arent dans la forêt d'Huelgoat
La rivière d’Argent dans la forêt d’Huelgoat prend parfois des teintes rougeâtres inquiétantes….

Mais, vous vous en doutez, une légende bien plus trouble a aussi donné son nom au petit pont…

La Princesse Dahut, reine d’Ys, tomba éperdument amoureuse d’un jeune galant d’Huelgoat qui restait de marbre face à ses avances (vous verrez plus loin qu’au vu de la piètre réputation de débauchée de la belle, ce type faisait figure de héros). Un soir, elle décida de suivre le malappris pour découvrir les raisons de son refus.

Il se trouve que celui-ci aimait en secret une ravissante villageoise qu’il rencontrait chaque soir au petit pont. Folle de rage, la perfide Dahut précipita les deux amants dans la rivière où ils périrent tous deux. L’eau prit alors instantanément une coloration rouge, la couleur de leur amour…

La grotte et le camp d’Artus : Merlin, le trésor et les démons

Il est à présent temps de grimper plein Nord vers le camp et la grotte d’Artus.

Au temps de l’Empire Romain (IIe siècle avant JC), la région d’Huelgoat était, comme nous l’avons dit précédemment, occupée par le peuple des Osismes. Ces derniers construisaient de très vastes cités fortifiées (ou “oppidums”) destinées à protéger leurs territoires stratégiques de l’envahisseur Romain. 

Amas de roches et fougères dans la forêt de Huelgoat
Des rochers entassés pêle-mêle, des fougères : un fond de scène classique de la forêt d’Huelgoat

Le camp d’Artus situé dans la forêt d’Huelgoat pourrait représenter les vestiges de la capitale fortifiée de ce peuple, vaste de 30 hectares et donc bien antérieure à la légende du roi Arthur dont elle porte, à tort, le nom.

Autant ne pas tourner autour du pot, Artus (— Ou “Roi Arthur”, vous suivez ? —) est une sommité dans les contes et légendes bretonnes. 

Artus serait un chef celte légendaire qui, entouré des Chevaliers de la Table Ronde, aurait mené la résistance gauloise en Petite Bretagne contre les envahisseurs saxons (de Grande Bretagne) au VIe siècle après JC. Son épopée chevaleresque a ensuite été reprise dans moult récits et romans historiques, Artus ayant essuyé douze batailles, été enlevé et exilé dans l’île d’Avallon auprès de la fée Argante, puis, au faîte de sa gloire, aurait malencontreusement péri par trahison. 

Grotte d'Artus dans la forêt d'Huelgoat
Les marches de pierre qui mènent à la grotte d’Artus remontent au temps des Gaulois

Nul n’est besoin de préciser que la légende d’un si valeureux chef militaire a été propagée pendant des siècles et des siècles par poètes, moines, conteurs et autres bardes celtes, et s’est déformée peu à peu pour prendre la forme d’un mythe à la fois biblique et magique, à tel point qu’aujourd’hui, on ne sait plus très bien ce qui relève de l’histoire ou de la légende.

La grotte d’Artus, située sur la muraille extérieure de l’Oppidum, serait donc le refuge où le Roi Arthur et ses chevaliers se réfugiaient pour échapper à leurs ennemis Saxons. La grotte renfermerait même, selon le romancier Chrétien de Troyes, un trésor découvert par Artus au Val Sans Retour (d’où la confusion avec la localisation de Brocéliande, vous me suivez ?), grâce à l’aide précieuse de Merlin l’Enchanteur. Ce trésor serait aujourd’hui jalousement gardé par “des démons qui traversent les airs sous la forme de feux-follets”…

Femme assise sur un rocher au pied d'un arbre
Dans la forêt d’Huelgoat, les arbres et les rochers s’allient pour vous faire le siège le plus nature qui soit

Le menhir de Kérampeulven ou comment faire vœu de fécondité

Je vous conseille fortement, au sortir de la grotte d’Artus, de passer devant le tout petit menhir d’Artus (qui bien que classé monument historique, ne mérite pas le détour en tant que tel) et de poursuivre au Nord vers le hameau de Kérampeulven. 

Il vous faut pour cela sortir de la forêt et traverser la route pour récupérer un ravissant chemin de terre qui se fraye un chemin à travers les arbres.

Vous croiserez peut-être comme moi, sur votre route, un bouc à la fière barbiche et au port altier : serait-ce la réincarnation du brave Artus ? 

Bouc mâle à longue barbiche avec cornes
Soudain, au détour du sentier qui mène à Kérampeulven, mon chemin a croisé celui d’un vieux bouc à barbe blonde qui passait par là… Réincarnation d’Artus ou simple coïncidence ?

Soudain, au détour du sentier, apparaît Kérampeulven.

Ce petit ensemble de maisons traditionnelles en pierre et lauzes m’a laissée interdite, tant il est authentique et joliment décoré.

Femme avec chapeau devant de menhir de Kérampeulven
Le menhir du hameau de Kérampeulven mesure plus de 6 mètres, il a acquis une réputation de pierre favorisant la fécondité, au XIXe siècle.

Le menhir de Kérampeulven, quant à lui, est haut de 6 mètres. Kérampeulven signifie d’ailleurs, littéralement, “le village du menhir”. Il est dit qu’à partir du XIXe siècle, les femmes qui désiraient avoir un enfant venaient frotter leur ventre nu contre le menhir qui était connu pour apporter descendance et fertilité. 

Photographie ancienne représentant des femmes encerclant le menhir de Kérampeulven
Jadis, les femmes se frottaient le ventre contre menhir de Kérampeulven pour invoquer son don de fertilité

Comme tous les menhirs, il est situé sur un lieu stratégique qui se voyait de loin, et où passent sans doute plusieurs canaux d’eaux souterraines, ce qui pourrait expliquer la “charge d’énergie positive et régénérante” que les villageois attribuaient à cette pierre levée. 

La Mare aux Sangliers ou la halte du déjeuner

Passé la visite du hameau, redescendez ensuite vers le Sud pour vous diriger vers le petit pont de bois qui mène à la Mare aux Sangliers. 

Ici, au risque de vous décevoir, point de légende affriolante, mais seulement un site très apaisant et frais bordé de large roches plates au bord d’une mare (connue pour y voire les sanglier s’abreuver) qui fera merveille pour un arrêt pique-nique.

Car il faut bien le dire, il m’est avis que toutes ces aventures chevaleresques vous auront ouvert l’appétit.

La Mare aux Sangliers dans la forêt d'Huelgoat
La Mare aux Sangliers est un petit coin de fraîcheur qui peut être tout à fait propice à un pique-nique en forêt bien mérité

Le Gouffre, ou comment se débarrasser de ses amants gênants

Vous devrez traverser la route pour rejoindre le sentier qui mène jusqu’au célèbre “Gouffre”. Vous accédez ici à une partie de la forêt d’Huelgoat particulièrement inspirante, où l’on ressent réellement que la forêt vit et respire à l’unisson. 

Les arbres étendent vers le ciel leurs branches tortueuses et les entremêlements de racines aériennes sont fascinants. Certains spécimens singuliers semblent vous interpeller, renforçant encore le sentiment de communion qu’on peut ici ressentir avec la nature.

Un chêne de la forêt d'Huelgoat
Les chênes de la forêt d’Huelgoat sont aussi majestueux qu’impressionnants.

Au bord de la  D769 (route de Carhaix), un escalier permet d’accéder au Gouffre, d’où plonge la rivière d’Argent d’une hauteur de 8 mètres en cascade pour disparaître entre les pierres dans un goulot étroit et sombre. L’on raconte qu’en cet endroit, la rivière d’Argent prendrait parfois une couleur virant au rouge.

Vous vous en doutez, n’est-ce pas, ici encore une légende qui fait froid dans le dos hante ce lieu-dit. 

Selon la légende, la couleur rouge de la rivière est une fois de plus l’œuvre des frasques mortifères de la cruelle Dahut, princesse d’Ys, fille du roi Gradlon, premier roi de Cornouailles. Cette petite dépravée menait ainsi une vie de débauche et organisait des orgies en son château de Kastell-ar-Guibel qui surplombait le gouffre jadis. 

Chaque soir, Dahut choisissait un nouvel amant à chair fraîche parmi les plus beaux jeunes gens du pays, et, une fois consommés, ligotait les pauvres malheureux et les précipitait par le donjon du château dans les eaux bouillonnantes du Gouffre, où leur sang versé teintait l’eau d’une sombre nuance écarlate. 

Le Gouffre de la forêt de Huelgoat : une cascade qui plonge à travers les rochers
Le Gouffre de la forêt d’Huelgoat a été le théâtre de bien des drames… Qui sait combien de pauvres âmes y ont perdu la vie ?

Pour continuer sur les métaphores macabres, il semblerait que la légende ait fait du site un haut-lieu des suicidés en la place même du Gouffre. Les cadavres des pauvres disparus qui se jettent à la rivière en cet endroit seraient pris dans un siphon d’eau menant à une large grotte souterraine, et tournoieraient là indéfiniment, prisonniers du courant circulaire. Cette grotte est baptisée funèbrement la “Salle de danse”.

Les pompiers d’Huelgoat y auraient même pénétré une fois en détournant la rivière afin de retrouver, à la demande de la famille, le corps d’un suicidé qu’ils auraient bel et bien repêché dans la grotte en compagnie de plusieurs ossements… (info exclusive dénichée sur le très bon blog An Huelgoad, intarissable sur tout ce qui touche à Huelgoat et à son histoire)

La Stèle et la mort non élucidée de Victor Segalen

Victor Segalen (1878-1919) est un médecin, romancier, poète, ethnographe, sinologue et archéologue français. Sa vie aura été aussi mystérieuse que sa mort, encore non élucidée. Dans sa jeunesse, il voyage en tant que médecin de marine en Polynésie, à Tahiti puis aux Marquises où il découvre l’œuvre de Gauguin.

Portrait de l'écrivain Breton Victor Segalen pris à Nouméa en 1904Passionné de voyages, d’explorations et d’aventures, Victor Segalen est affecté en Chine comme médecin de marine dans les années 1910. Il y dirigera plusieurs expéditions à caractère archéologique dont l’une de près de 6000 kilomètres pour étudier les monuments funéraires de la dynastie des Hans, et contribuera à la lutte contre la peste de Mandchourie.

Il est médecin militaire pendant la première guerre mondiale et soigne les blessés sur la ligne de front près de Dunkerque.

Il est nommé à l’hôpital maritime de Brest en 1918. Affecté par plusieurs épisodes dépressifs sévères, il tombe gravement malade en 1919 et passe sa convalescence à Huelgoat. Affaibli, il s’adonne à de longues promenades dans la forêt d’Huelgoat pour tromper l’ennui.

Il sera retrouvé mort le 23 mai 1919 sur le promontoire au-dessus du gouffre, un lieu secret où il aimait se rendre. Il est assis, tient à la main un exemplaire des œuvres de Shakespeare marqué à la page de Hamlet par une photo de sa femme, son manteau d’officier de marine est plié sous lui. Il a une blessure profonde à la cheville qui a causé sa mort par perte de sang, malgré un garrot de fortune.

Pour autant, la mise en scène, qui correspond en tous point à un poème qu’il avait écrit quinze ans plus tôt (intitulé “Édit Funéraire”), la blessure nette et chirurgicale, l’absence de traces de sang sur le sentier et la présence d’un canif à proximité laissent présager l’hypothèse du suicide.

Victor Segalen le mystique, qui avait étudié le bouddhisme et avait même écrit un livret d’opéra en cinq actes intitulé Siddhârta, emporte avec lui son secret dans la tombe, nous laissant méditer sur sa phrase : « Il existe en chacun de nous une irréductible et forclose tanière que nous ne pouvons qu’entrouvrir à autrui. Le moi essentiel reste tapi dans le fond de son antre. » Se serait-il, par la théâtralisation de sa propre mort, finalement trouvé lui-même ?

La Mare aux fées, où la malédiction des lavandières

Juste un peu plus loin, vous passerez devant un très joli lieu-dit nommé “la Mare aux Fées”. La légende raconte qu’à la nuit tombée, les sublimes fées sortent des bois (ou de l’eau) pour venir peigner leurs longs cheveux blonds au clair de lune. La journée, elles se fondraient parmi les villageois en tant que laides et vieilles femmes. 

La Mare aux Fées dans la forêt d'Huelgoat
La Mare aux Fées n’a pas si bonne réputation à Huelgoat : les fées seraient responsables de nombreuses disparitions dans ce lieu où il vaut mieux ne pas trop s’aventurer à la nuit tombée….

Un peu magiciennes, un peu sorcières, les fées sont de facétieuses jeteuses de sort parfois cruelles, et il est clair qu’il ne fait pas bon croiser leur chemin. Elles joueraient des tours aux chasseurs, bûcherons et chevaliers de passage, les changeant en arbres ou en pierres, ou leur murmurant quelque chant mélodieux et suave qui les attirerait irrémédiablement à se noyer dans la rivière d’Argent. 

Changées en lavandières à la nuit tombée, elles demanderaient même innocemment de l’aide pour essorer leur lessive et si vous avez le malheur de tordre le linge dans le mauvais sens, elles vous arracheraient les bras sans pitié. 

Retour à Huelgoat par la promenade du canal

Il se fait tard, et vous ne voudriez pas tenter les fées de votre présence au bord de la rivière, si ? Il vous faut donc vous hâter. 

Fleurs violettes au bord du canal d'Huelgoat
La promenade au bord du canal de la forêt d’Huelgoat a parfois des accents bucoliques

Sur le chemin du retour, vous pourrez passer visiter les vestiges de la mine de plomb argentifère mais ce n’est pas la partie la plus esthétique du parcours.

Panneau de signalisation en bois indiquant Huelgoat
Retour vers le village d’Huelgoat…

Pour retourner vers le village, vous suivrez la promenade qui longe le canal. En suivant ce dernier (toujours les marques jaunes) vous ne pourrez pas vous perdre, et déboucherez au niveau de la Mairie avant que les korrigans et autres esprits malins de la forêt d’Huelgoat viennent vous chatouiller les talons. 

Sentier et arbres au bord du canal de la forêt d'Huelgoat
Vous ne pourrez pas vous perdre le long de la promenade du canal : le sentier est fléché de marques jaunes tout le long

Personnellement, parcourir la forêt en ce mois de juillet entre 18 et 20 heures fut l’un de mes plus grands plaisirs. Les lumières du soleil rasant y sont féériques, et la forêt, débarrassée de la plupart de ses visiteurs, semble reprendre vie sous vos yeux, prête à vous livrer dans un souffle de vent quelques légendes aujourd’hui oubliées… 

Une forêt magique, diverse et vivante qu’il faut préserver

Voyez plutôt : la forêt d’Huelgoat est occupée par l’Homme depuis l’âge de fer, où des peuples du néolithique puis des gaulois celtes y ont érigé des menhirs, célébré la beauté de la nature, et vénéré les arbres.

Chêne vu d'en bas dans la forêt d'Huelgoat
Le chêne, l’arbre-roi de la forêt d’Huelgoat

Après la Révolution, la forêt-abri fait place à la forêt-ressource. La forêt d’Huelgoat fait alors l’objet d’une exploitation minière destinée à l’extraction du plomb argentifère, menaçant la qualité des eaux et la biodiversité qui la caractérisent.

Avec la mise en arrêt de la mine fin XIXe et les acquisitions successives de l’État pour la protéger et la reboiser, la forêt a peu à peu retrouvé sa splendeur d’antan. Elle représente aujourd’hui le plus grand massif boisé du Finistère. Mais de quel bois parle-t-on ?

La forêt d’Huelgoat se trouve être pour moitié une forêt de feuillus (les plus rares et les plus riches en diversité biologique). Son relief marqué constitue lui aussi un habitat de choix pour la faune et la flore locales. 

Sentier s'enfonçant dans la foret de Huelgoat
La forêt d’Huelgoat ne fait pas partie de ces futaies opaques où la lumière du jour ne perce jamais : les sous-bois y sont baignés de soleil.

Parce qu’elle est belle, dotée de légendes merveilleuses qui ont fait sa renommée et pourvue d’un attrait touristique certain, la forêt fait l’objet d’un entretien par l’ONF en futaies irrégulières sur les secteurs les plus sensibles d’un point de vue paysager, mais la majeure partie de la forêt est encore traitée en futaie régulière. 

Une futaie irrégulière, c’est l’expression de la forêt éternelle et sauvage. Ce sont des arbres de plusieurs essences (chênes, hêtres, châtaigniers, épicéas), de toutes les tailles (arbustes, buissons, couvre-sol) et de tous les âges, qui grandissent naturellement créant un ensemble non rectiligne, contrairement aux plantations créées artificiellement par l’homme pour l’exploitation forestière qui alignent, au cordeau, des arbres de la même essence et du même âge.

Futaie irrégulière mixte dans la forêt d'Huelgoat
Une futaie irrégulière est une futaie mixte dont les arbres ont tous les âges, avec du bois mort et des taillis à leur pied. C’est un incroyable réservoir de biodiversité.

Le tout parsemé de bois mort et de taillis qui favorisent l’installation d’animaux (dont sont exemptes beaucoup de forêts artificielles en monoculture, composées exclusivement d’épineux comme le pin Douglas réputé à pousse rapide et présentant une meilleure rentabilité).

C’est une forêt authentique qui présente une meilleure résistance aux attaques parasitaires, à la sécheresse, au feu et à l’érosion des sols, et qui possède des capacités d’autorégénération dans le respect des cycles de la nature sur le long terme.

Aujourd’hui, l’ONF annonce que seulement 10 % des forêts domaniales de France sont entretenues en futaies irrégulières. Or, cette proportion est beaucoup plus importante dans certains pays d’Europe (Allemagne, Belgique, Slovénie).

Pour vos prochaines balades, soyez attentif·ve à la structure de la forêt ! Car on est d’accord, une forêt native est seule capable de nous émerveiller et de nous régénérer des pieds à la tête (voir encadré ci-dessous).

💡 Se soigner avec les bains de forêt

Au Japon, il existe une pratique médicale très populaire nommée le Shinrin-Yoku ou « bain de forêt ». La sylvothérapie invite les urbains stressés en quête de sens et de reconnexion à se rapprocher de la nature pour bénéficier de sa capacité innée à nous guérir et à nous aider à retrouver notre harmonie intérieure. Embrasser la forêt sacrée, la « forêt-mère » par l’intermédiaire de nos sens lors de longues balades entre les arbres permettrait de réduire considérablement nos niveaux de cortisol responsables du stress et de booster notre système immunitaire. Les résultats étant scientifiquement démontrés depuis les années 1980 par l’Agence nationale des forêts nippone, le Shinrin Yoku est une pratique reconnue qui bénéficie à 5 millions de personnes chaque année. Elle est remboursée par la sécurité sociale au Japon, au même titre que certaines cures de thalasso-thérapie en France.
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