Coucher de soleil à la Pointe du Raz, à ne pas manquer lors de votre road-trip en Bretagne
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Pointe du Raz : promenade au coucher de soleil

“Et… Vous faites ça souvent ?” Pascale m’observe du coin de l’œil alors qu’elle m’apporte une tasse de thé vert. Du thé, c’est ce que je lui ai répondu quand elle m’a demandé hier soir ce que je buvais le matin. Ici, ils sont plutôt café. L’idée que je puisse voyager seule en Bretagne dans le cadre d’un road-trip lui cause un mélange d’étonnement piqué de curiosité. 

La table du petit déjeuner est impeccablement dressée dans le séjour. Sur la nappe, du pain frais, l’éternel beurre salé, un choix de confitures, des yaourts et des croissants. Pascale vit avec son mari dans cette bâtisse traditionnelle du Cap Sizun depuis 40 ans. “40 ans que je le supporte”, plaisante-t-elle seulement à moitié. Alors que j’étale généreusement la motte de beurre salé sur ma tartine, Pascale me fait la conversation.

Les grands-parents vivent eux-mêmes ici depuis toujours. La maison où habite Pascale a été construite dans les années 1950, mais le corps de ferme où est né son mari, de l’autre côté de la cour, remonte au XIXe siècle. Pascale a 4 enfants et 9 petits enfants, qui habitent tous dans le secteur du Cap Sizun en Finistère, à seulement quelques kilomètres d’ici. 

“Tout commence en Finistère” 

Toute une histoire familiale bretonne se déroule là sous mes yeux. Pas d’émigration à Paris ou à l’étranger, pas d’éclatement, mais des racines bien plantées ici, à Plogoff, entre le granit et les hortensias qui donnent sans doute à cette famille son caractère serein. Il est toujours bon de savoir d’où l’on vient. 

En Finistère, la commune de Plogoff n’est pas vraiment ce qu’on pourrait qualifier de touristique. La ravissante ville d’Audierne, son petit port et la longue plage de sable blanc de Tressadec ne sont qu’à quelques encâblures mais ici, on n’entend que le bruit du vent dans les arbres, avec les champs autour.

Photographie en noir et blanc d'un groupe de maisons traditionnelles bretonnes
La maison de Pascale, vers Plogoff

Pascale et son mari reçoivent des hôtes dans leur maison aux volets bleus depuis un an et demi. Ils ne sont pas inscrits sur Airbnb, parce que la voisine qui a fait ça subit aujourd’hui un défilé perpétuel de touristes impossible à juguler. Ils préfèrent se limiter à quelques sites de chambres d’hôtes. 

Pascale s’enquiert justement du confort de la chambre, là-haut. Pour leur nouvelle activité, ils ont réaménagé l’étage déserté par les enfants depuis longtemps déjà. C’est une chambre avec des proportions comme en en voit plus de nos jours, vaste avec un lit en bois tourné et une grande armoire de chêne sombre. Je lui réponds que j’ai dormi comme un bébé.

Un “Grand Site de France” où se déchaînent les éléments

Hier soir, je suis allée faire des photos à la Pointe du Raz. Pascale m’avait mise en garde, en me voyant sortir avec mon trépied et mes objectifs sous le bras. “Méfiez-vous, le parking est payant, c’est 6,50 €. L’autre jour, j’ai des hôtes qui ont rebroussé chemin quand ils ont vu le prix”. Je décide de prendre le risque. Histoire de voir si le coucher de soleil sur la Pointe du Raz mérite l’investissement. 

Lande et bruyères en fleur à la pointe du Raz, Bretagne
La lande de la Pointe du Raz en juillet étale ses tâches roses de bruyères en fleurs

Il est 19h30 et le soleil est encore haut dans le ciel quand j’arrive sur le parking. Je me gare à la va-vite, j’attrape mon trépied dans le coffre et j’emprunte le sentier côtier dit “sentier européen E9”. Malgré son nom d’autoroute, le coin est assez désert en ce début du mois de juillet. Seuls quelques joggers éparses terminent leur course le long du littoral avant le dîner.

Le lieu est unique et somptueux.

Autour de moi, la lande battue par les vents fait des tâches roses avec les bruyères en fleurs qui jouent les rases-mottes à flanc de falaises.

Ces falaises qui, sur le sentier, ne sont pas si abruptes mais plutôt accueillantes, avec çà et là quelques petites criques réfugiées entre les éperons rocheux où les vagues viennent se briser en une mousse d’écume.

Sentier côtier à la Pointe du Raz photographié en noir et blanc
La lande, la route, le silence. Paysage de la Pointe du Raz, Finistère, Bretagne

Le site a été classé “Grand site de France” en 2012 et c’est une bonne chose. Les hôtels et les autres infrastructures de tourisme qui défiguraient jadis la Pointe du Raz ont été démantelés. Le parking a été reculé d’un kilomètre et seule une poignée de restaurants et de boutiques subsiste, près de la maison d’informations. 

Au bout de la Pointe, aujourd’hui, il ne reste que la mer, le vent, et le soleil qui se couche plein Ouest, pile en face de vous dans ce décor de bout du monde tout à fait dantesque. Le fait que cet espace naturel unique soit protégé est le gage de sa conservation au fil des années, même si la Nature est loin d’être tendre sur le secteur. “Il faut voir la Pointe par tempête”, m’avait soufflé le mari de Pascale, fin connaisseur de tout ce qui fait la force des paysages bruts de Bretagne. 

Rochers à fleur d'eau sur le sentier de la Pointe du Raz
Rochers à fleur d’eau sur le sentier de la Pointe du Raz

La Pointe du Raz est le chef-d’œuvre de ce Grand Site de France qui s’étale sur plus de 2000 hectares, mais d’autres splendeurs de la nature sont à observer dans la région. La côte Nord qui va de la Pointe du Van à la Pointe du Millier est notamment le terrain de jeu des oiseaux marins qui jouent avec la rudesse extrême des éléments dans cette partie peu hospitalière de la Réserve du Cap Sizun. 

Bon à savoir : la Pointe du Van qui ferme la grande plage de la Baie des Trépassés, qui n’est pas sans rappeler, par ses couleurs, les plages de la presqu’île de Crozon, est a priori un autre spot de choix (et moins fréquenté) pour observer de somptueux couchers de soleil. On peut aussi y apercevoir la chapelle de Saint-They, isolée au milieu de la lande, et qui veille sur le détroit du Raz de Sein depuis le bord de la falaise. Vers le sud, la Baie d’Audierne s’étale, tranquille, avec ses grandes plages de sable blanc prisées des vacanciers.

Sémaphore de la Pointe du Raz au soleil couchant
Le sémaphore de la Pointe du Raz au soleil couchant

Je me dirige vers le sémaphore. Il n’a rien de très photogénique avec sa grosse antenne, ses radars et son mur d’enceinte infranchissable. Un peu plus loin, présentant son bambin potelé à un pauvre marin à genoux qui tend la main en pleine détresse, une statue de Notre-Dame-des-Naufragés donne le ton. Ici, ce n’est pas un cap pour les marins d’eau douce. 

La Pointe du Raz ou le cauchemar des marins

La Pointe du Raz, à l’extrémité du Cap Sizun, avance dangereusement ses rochers de granit dans la mer d’Iroise. Elle est séparée de l’île de Sein par un détroit de 8 km appelé le Raz de Sein, où des courants redoutables se forment, ainsi que des hauts-fonds mortels. 

On ne compte plus les récits et légendes de naufrages tous plus dramatiques les uns que les autres. Un peu plus bas, la “Baie des Trépassés” tient sa dénomination macabre des cadavres des pauvres naufragés de la Pointe du Raz qui venaient s’échouer sur la plage, portés par les courants.

Voilier à la pointe du raz avec le phare de La Vieille en fond
Un courageux voilier qui navigue dans les eaux difficiles de la Pointe du Raz ! Avec le phare de La Vieille en toile de fond. Photo de Michael K via Pixabay

Lorsque vous vous avancez tout au bout de la proue granitique de la Pointe du Raz, en vous abîmant les pieds sur les rochers acérés, vous avec une vue à 360° sur l’océan. Les nombreux phares qui, en cet endroit, se dressent au milieu des brisants font figure de sentinelles héroïques. 

Battus par les tempêtes, soufflés par les rafales des vents de la tourmente, ils veillent inlassablement sur les navigateurs qui se risquent dans le secteur. 

Le phare de La-Vieille, dressé sur le rocher de Gorlebella, qu’on aperçoit sur les photos et qui fait face à la Pointe du Raz, celui de Tévennec qui quadrille le Raz de Sein, le Grand phare de l’île de Sein, aux aguets sur la Chaussée de Sein et enfin, en pleine mer, soldat isolé en première ligne, le mythique et indomptable Ar-Men — “Le rocher” en breton. 

Ar-Men, le plus exposé des phares de France, a été qualifié d’“Enfer des Enfers” par la communauté des gardiens de phares.

À la fin du XIXe siècle, il aura fallu 34 années pour ériger les 37 mètres de ce phare qui est aujourd’hui le plus éloigné du littoral de France.

Le phare d'Ar-Men, en Bretagne, isolé au milieu de l'Océan
Le phare d’Ar-Men, le plus exposé de France, défie les foudres de l’Océan au large de la Pointe du Raz. Photo tirée de la superbe vidéo Youtube de Guillaume Leysenne.

Ce monument historique secoué de pied en cap par la houle dantesque ferait, dit-on, se décrocher tout ce qui est suspendu aux murs tant il tremble par tempête. Il est automatisé depuis 1990.

Le bon plan à retenir : un pique-nique du soir à la Pointe du Raz

Ce soir-là, je n’aurais pas la chance de voir les éléments se déchaîner devant moi et ça me va bien. Il fait un temps très clair et le soleil descend calmement à l’horizon, teintant tout l’ouest d’un orangé un peu surnaturel. 

Le phare de La Vieille à la Pointe du Raz, au coucher du soleil devant les rochers de la côte
Le phare de La Vieille à la Pointe du Raz, au coucher du soleil

Une petite famille arrive derrière moi. Ils ont prévu la glacière pour le pique-nique et je me dis que c’est ça, la bonne idée : pique-niquer devant le soleil couchant à la Pointe du Raz. Malheureusement, j’ai mal fait mon boulot de recherches en amont (comme d’habitude) et je n’ai pas eu le réflexe de prévoir LE bon plan tourisme à faire en Finistère. Au moins vous, vous serez prévenu·e.

Il est maintenant 20:00 et la faim commence sérieusement à me tirailler. Google me dit que le soleil se couche officiellement à 22:20. J’ai repéré plusieurs petites crêperies sur la route du Cap (dont la très bonne Armen qu’on m’a recommandée) alors, peut-être, pourrais-je m’absenter quelques minutes le temps d’avaler une galette ?

Alors que je contemple la mer assise sur mon rocher, cette option me paraît la plus acceptable pour mon estomac qui crie famine.

Je retourne au parking au pas de course, et en sortant, j’ai la joie de voir que la barrière de sortie est levée et donc, de n’avoir rien à payer. Je file à la crêperie, commande une galette aux champignons et l’engloutit en quatrième vitesse. 

Rendez-vous manqué avec le flamboyant coucher de soleil

Je retourne sur le site au pas de course. Il est 21h. Le soleil a déjà bien baissé. Au loin, le sémaphore disparaît presque déjà dans une buée rose. J’avale le kilomètre qui sépare Notre-Dame-des-Naufragés du parking en 15 minutes chrono.

Mais il est trop tard. 

En ombres chinoises, le phare de La Vieille à la Pointe du Raz
Tel Nessie émergeant des flots avec son long cou, le phare de La Vieille est le premier phare visible depuis la Pointe du Raz

Lorsque j’arrive à l’extrémité de la Pointe du Raz, le soleil a déjà disparu dans les flots. Je n’aurai donc pas la chance de voir l’astre luminescent se coucher sur la mer dans une symphonie de feux solaires pour prendre LA photo que j’attendais. 

Tant pis. La gourmandise me perdra. 

J’estime cependant que début juillet, le soleil doit se coucher sur la mer pile à 20h30 (au cas où ça puisse servir). Je rebrousse chemin et m’en retourne à Plogoff, pour une bonne nuit réparatrice dans mon lit de chêne sombre, dans la maison d’hôte de Pascale. 

Pour aller plus loin…

J’ai toujours trouvé que regarder un coucher de soleil a quelque chose de transcendant. C’est la beauté extraordinaire de la nature qui nous dépasse et révèle en nous des émotions insoupçonnées. C’est une petite part d’absolu à la portée de tous.

Le soleil est source de vie, puissance créatrice, sans sa lumière aucune vie sur Terre ne serait possible. Devant tant de perfection, on est saisi, et on comprend pourquoi de si nombreuses civilisations ont vu la Divinité dans l’astre solaire et lui ont voué un culte.

Le soleil visible est une analogie qui parle bien aux humains. Il nous rappelle que sa lumière est à l’image de notre nature, de cette conscience universelle que l’on porte à l’intérieur de nous : une part d’ineffable qui doit éclairer tout notre être et donner à notre vie un sens profond.

C’est en lui-même que l’homme doit apprendre à faire chaque jour se lever le soleil.

Omraam Mikhaël Aïvanhov
La Pointe du Raz en Cap Sizun : Infos pratiques

Comment s’y rendre

Le plus facile est d’y aller en voiture, mais des bus sont disponibles à Brest pour se rendre à Audierne.

  • Quimper : 52 km (1h)
  • Brest : 123 km (1h45)
  • Rennes : 267 km (3h20)
  • Nantes : 284 km (3h30)

Stationnement

Le stationnement sur le parking de la Pointe du Raz est payant du 15 juin au 1er novembre 2020. La visite du site naturel est accessible quant à elle toute l’année.

Tarifs parking / jour : 

  • voiture / camping-car 6,5 €
  • moto 4 €
  • car / caravane / véhicule attelé / camping-car (jour+nuit) 15 €

Randonnées à pied et à vélo

Carte des balades et randonnées à faire dans la région : cliquez ici

Maison de Site et Centre d’Interprétation

Ces deux lieux d’accueil touristique donnent des informations précieuses et présentent la région et ses espaces naturels en images. La visite est ouverte en haute saison de 10:30 à 19:00.

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