Je fais la sieste avec un chapeau sur le nez, dans un hamac tendu entre deux gros arbre sur un pré d'herbe verte
Humeur

La sieste : plaidoyer pour un droit universel

Deux Corses sont couchés en train de faire la sieste sous un olivier. 

L’un d’eux ayant ouvert un œil par mégarde aperçoit un billet de 500 euros sur le sol à quelques mètres. Il dit à l’autre : 

– Oh Ange, regarde ça : un coup de vent et on est riches !

Il ne vous aura pas échappé que la sieste est sujette à bien des préjugés. Elle serait l’apanage des faignants, des pleutres, des désorganisés, des pervers, ou pire… des latins.

Dans un monde moderne où il faut faire l’éloge de la performance, de l’instantanéité, du multitasking et de la vitesse à tout prix, la sieste fait tâche.

Oui, la sieste modifie notre rapport au temps et à nous-même. C’est un moment suspendu dans le tourbillon de la journée que d’aucuns ont, au fil des siècles, considéré comme sacré. Et parmi eux, des génies. Léonard de Vinci, Churchill, Aristote font partie des grands siesteurs de l’Histoire. 

Alors c’est parti, brisons les tabous. Non, la sieste n’est pas réservée aux touts-petits, aux très vieux, ou aux chats. La sieste est une activité hautement bénéfique à laquelle je m’adonne avec joie depuis des années. Laissez-moi vous raconter pourquoi.

La sieste, vous hésitez ? Questionnaire

Peu vous importe qu’elle revienne à la mode, la sieste, c’est pas encore votre truc. Vous hésitez. 

J’ai pu constater qu’aux côtés des inconditionnels, qui profitent des joies de la sieste depuis toujours, certains manquent encore d’arguments pour oser se lancer. 

J’ai préparé un mini questionnaire. L’article ici présent s’efforce d’y apporter des réponses.

Personnes âgées en train de dormir devant Derrick dans une maison de retraite

Vous ne faites pas la sieste, parce que : 

Dormir, une perte de temps ?

On ne sait plus dormir. 

Dormir serait, de nos jours, une affreuse perte de temps. Heureux les matinaux, honteux les gros dormeurs. Promenez-vous sur Medium et vous ne pourrez que trébucher sur des flopées d’articles de “techniques de productivité personnelle” prônant de se lever aux aurores. 5:00, c’est la nouvelle norme des “highly productive people” de la Silicon Valley. 

Selon eux moins on dort, plus on a du temps, et plus on augmente notre productivité en remplissant ce temps avec une multitude de tâches. Soyez sur le pont dès 5:00 et comme ça, à midi, vous aurez eu pratiquement une journée complète derrière vous bourrée d’activités — méditation, accro-yoga, origami, running, cours de coréen, boulot — comparé à quelqu’un qui commence sa journée à 9:00 la gueule enfarinée (le ringard !).

Un homme est aveuglé par la lumière vive quand il ouvre ses rideaux

On ne dort pas assez

Les nombreuses applications des montres connectées, qui mesurent les temps et la qualité de votre sommeil, font régulièrement état de statistiques annuelles présentant les pays où les gens dorment le plus.

La Nouvelle-Zélande, avec 7,5 heures de sommeil en moyenne par nuit, serait la grande gagnante. La France, avec 7 heures, serait en 4e position et le carton rouge des mauvais dormeurs reviendrait au Japon avec seulement 6,5 heures de sommeil moyen par personne.

Gif d'un adorable bébé panda qui fait la sieste sur le dos

En réalité, on ne dort jamais assez. Dormir, c’est le reset de votre corps. 

Le sommeil est la clé de voûte de votre énergie intérieure. Les scientifiques conseillent un quota de 7 à 9 heures de sommeil quotidiennes — idéalement, 8 — pour régénérer vos fonctions cérébrales, votre système nerveux, votre mémoire, vos cellules, votre système immunitaire, mais cela varie grandement d’une personne à l’autre. 

Vous pétez le feu avec seulement cinq heures de sommeil ? Tant mieux pour vous ! L’important, c’est de savoir s’écouter. Mais sachez que pour nombre de pontes de la science, le sommeil, comme l’alimentation, c’est un médicament. 

Les hommes préhistoriques faisaient la sieste

Toute petite, déjà, j’avais développé une passion inconditionnelle pour la sieste.

Ainsi à trois ans, j’avais un tel besoin de faire la sieste que mes parents me mettaient à la maternelle à mi-temps : le matin, j’allais à l’école et l’après-midi, j’allais chez une nourrice spécialement pour… faire la sieste. 

Pas des siestounettes de une heure trente non, de véritables voyages de sommeil profond de plus de 3 heures. Malade, hypotonique, apathique la petite Aude ? Que nenni, mon corps avait besoin, point.

Essayez d’ailleurs de faire une longue sieste alors que votre corps ne le réclame pas, et je vous jure que vous vous réveillerez naturellement plus tôt que vous ne le pensez.

J’ai été somme toute assez rassurée de lire que mon statut inné de siesteuse n’était pas en décorrélation totale avec les aspirations naturelles de l’espèce humaine.

Fred Pierrafeu dort dans un hamac

Des anthropologues se sont penchés sur la question de savoir si l’humanité avait dormi naturellement d’une seule traite la nuit depuis l’origine des temps. A priori, les hommes préhistoriques dormaient peu mais en plusieurs fois, pour échapper à leurs prédateurs. 

Les chercheurs ont également cherché du côté des peuples racines, notamment les Hazda de Tanzanie et les San du désert du Kalahari, dont le mode de vie n’a pas réellement bougé depuis des millénaires pour voir comme l’homme moderne dort naturellement. 

Ils ont découvert que si les tribus dorment en général autour de 6 à 8 heures la nuit, les individus incluent dans leur mode de vie une autre période de sommeil quotidien, de 30 à 60 minutes, dans l’après-midi.

La tendance à la sieste est donc un reliquat de notre rythme biologique archaïque ! 

Les bienfaits de la sieste

Ainsi, nous ferions l’objet d’une programmation physiologique ancestrale qui nous fait entrer dans une période naturelle de moindre vigilance entre 13h et 15h. 

Et ce, quelle que soit la saison ou la générosité du repas de midi ingéré. Donc si Tonton Roger pique du nez après le barbecue, ce n’est pas qu’une question de digestion.

Un homme fait la sieste assis sur la jetée d'un port
Sur la jetée, c’est l’endroit de rêve pour se jeter dans un petit somme. Source : Corse Matin

Ralentissement du rythme cérébral, diminution du tonus musculaire, tout notre corps se mettrait au ralenti en début d’après-midi pour nous préparer naturellement à la sieste. La sieste est comme inscrite dans notre horloge interne.

Aujourd’hui, d’ailleurs, les scientifiques sont unanimes sur les bienfaits de la sieste. Et vous verrez que celle-ci ne se résume pas à un simple regain d’énergie. 

👌 La sieste réduit le stress

On pourrait penser logiquement que piquer un somme entre midi et deux permet naturellement de se détendre, mais encore fallait-il pouvoir le prouver. Bingo.

Un homme stressé au bureau hurle

Une équipe de scientifiques internationaux a montré une corrélation immédiate entre la sieste et le niveau de noradrénaline, aussi appelée “l’hormone du stress”. Ils ont prouvé qu’une sieste de 30 minutes permettait de normaliser les taux de noradrénaline pour revenir à un état de calme. 

👌 La sieste booste le système immunitaire et réduit les maladies cardio-vasculaires

Vous vous en doutez, il y a plein de corrélations directes entre une baisse du niveau de stress et la régénération de l’organisme. Là encore, les chercheurs ont volé au secours de la sieste pour la réhabiliter en tant qu’outil de santé publique. 

Wonderwoman force une porte

Des études récentes soulignent que faire la sieste permet de booster le système immunitaire, de faire baisser la tension artérielle et de réduire les risques de maladies cardio-vasculaires. La sieste, mieux que le régime crétois ! Comment ça, les Crétois font les deux ? (Tout s’explique)

👌 La sieste améliore la mémoire

Tu es étudiant·e et tu dois ingurgiter 12 mois de cours sous forme de bottin pour tes prochains exams ? N’hésite plus : fais la sieste pendant tes révisions.

Des chercheurs de l’université de Saarland en Allemagne ont montré que faire une sieste de 45 minutes multipliait par 5 les facultés de mémorisation. Cerise sur le gâteau : les bénéfices sur la mémoire augmenteraient avec la régularité des siestes.

👌 La sieste prend soin de votre moral 

La sieste est reine pour vous aider à faire le vide, déconnecter de vos soucis du moment et évacuer les tensions. En agissant directement sur votre activité neuronale, elle répare la fatigue nerveuse et joue un rôle primordial dans la régulation de votre humeur et de vos émotions. Grognons, bougons, personnes irritables et de mauvaise foi : foncez !

Un chat rampe dans une pièce la tête dans une tong

En tant qu’antidépresseur naturel, la sieste est aussi à privilégier pour les personnes dépressives. Explication scientifique : pendant la sieste, l’activité du cortisol, une des hormones du stress, chute, tandis que la sérotonine, hormone de la sérénité, prend le relais.

👌 La sieste vous aide à garder la ligne

Une étude (et hop, encore une !) menée par le King’s College of London a récemment pu confirmer que les personnes qui sont en manque de sommeil, ingurgitent 385 calories de plus par jour. Le corps va chercher son coup de boost ailleurs et c’est la porte ouverte aux fringales sucrées, notamment. 

Jeune garçon avec la bouche mâchurée de gâteau au chocolat

Quelle doit être la durée idéale d’une sieste ?

Tout va dépendre ici de votre logistique : le temps que vous avez devant vous et votre lieu de sieste seront déterminants.

Généralement, on découpe les durées optimales de siestes de la manière suivante : 

De 1 à 10 minutes : La sieste “flash”

La micro-sieste est particulièrement prisée des personnes sujettes au stress et au manque de sommeil : chauffeurs routiers, pilotes de ligne, navigateurs, personnel soignant, etc. C’est le remède idéal en cas de coup de pompe incompressible. 

Quand vos yeux se ferment, que vous baillez à vous en décrocher la mâchoire et que vous n’avez plus une once d’énergie, s’assoupir pendant une poignée de minutes permet d’ores et déjà de récupérer pour accroître la vigilance et la concentration.

Un petit garçon et son bulldog s'endorment assis

D’après les scientifiques (encore eux !), une sieste de très courte durée correspond aux toutes premières phases d’un cycle de sommeil, c’est-à-dire, à la relaxation, la somnolence puis le sommeil léger qui précède l’endormissement. 

On reste réceptifs aux stimuli extérieurs. Au sortir de cet état de “relaxation”, on ne se sent pas groggy pour deux ronds et on peut immédiatement retourner vaquer à ses occupations.

La micro-sieste permettrait une recharge d’énergie pour un temps équivalent à 10 à 15 fois sa durée : c’est déjà ça de pris pour l’effet “coup de fouet”. 

N’hésitez pas une seconde si vous avez une réunion importante qui arrive, si la fatigue vous gagne et que vous avez peur de vous endormir au volant, ou juste avant un examen pour retrouver toute clarté d’esprit.

Mon astuce pour une micro-sieste

J’ai toujours admiré les gens qui arrivent à dormir n’importe où. J’avais un ancien collègue de travail qui arrivait même à dormir assis dans les toilettes du bureau, calé sur la cuvette et la tête appuyée contre le mur, en cas de nuit trop courte.

Pour une sieste “flash”, les spécialistes conseillent de s’allonger sur un canapé, un fauteuil, un banc, enfin tout sauf un lit, pour ne pas rentrer en mode “sommeil” et de se relaxer, avant que le réveil ne sonne.

On peut aussi s’assoir sur une chaise et se détendre totalement jusqu’à lâcher prise (valable aussi au cinéma, dans le métro, à l’opéra, au spectacle de l’école de fin d’année, en conférence, etc.)

La sieste de 15 à 30 minutes, la “power nap”

Les spécialistes recommandent unanimement une durée de 20 minutes pour une sieste efficace et réparatrice qui ne perturbera pas votre sommeil nocturne et vous permettra de vous sentir ragaillardi·e pour le restant de votre journée.

Vous avez un bébé / votre travail vous épuise / vous avez fait la bringue toute la nuit / vous dormez mal depuis des semaines ? La sieste de 20 minutes vous apportera juste ce qu’il faut d’énergie pour vous sentir en forme et revigoré·e.

À noter : On récupère près de 50% de son niveau de performance avec des siestes de courte durée.

En dessous de 30 minutes de sieste, c’est bon à savoir, on ne sombre pas dans le sommeil profond et donc, on se réveille mieux. Pas d’excuses pour prétexter que la sieste vous rend comateux·se pour le reste de l’après-midi.

Explications : un cycle de sommeil dure en moyenne 90 minutes. Il alterne phases de sommeil léger (celui où vous entendez encore la télé du voisin) et phases de sommeil profond (celui où vous n’entendez plus votre conjoint·e ronfler). Le moment le plus approprié pour se réveiller sans difficulté se situe au début à la fin de chaque cycle, dans les phases de sommeil léger. 

Un homme se réveille en sursaut d'une sieste sur un canapé

La phase de sommeil profond intervient à la moitié du cycle, on estime autour de 30 minutes à une heure, c’est pourquoi il serait plus compliqué de se réveiller sans somnolence d’une sieste dans ces durées-là. Le sommeil profond est une phase où l’activité cérébrale est lente. On “décroche” et c’est à ce moment que le corps et le cerveau se régénèrent le plus.

Ensuite, au bout d’une heure environ, après le sommeil profond, une deuxième phase de sommeil léger intervient. Après 1h30, du coup, soit on se réveille, soit on tombe dans une phase de sommeil paradoxal. Cette phase dite phase “REM” (rapid eye movement) est celle des rêves et de la créativité, celle où le cerveau est en activité importante mais où le corps reste paralysé.

Quand vous dormez, vous enchaînez plusieurs cycles de sommeil sur la durée totale de votre nuit, avec des durées progressivement plus longues de sommeil profond et paradoxal au fil des cycles.

À noter : On conseille une sieste de 20 minutes en moyenne pour éviter de subir « l’inertie du sommeil », cet état pâteux qui intervient quand vous vous réveillez au milieu d’un sommeil profond, où vous ne savez plus où vous êtes et où vous avez l’impression d’être dans le gaz pendant le restant de votre journée. 

Mon astuce pour une power-nap

Celle-là, c’est ma favorite, mon grand must, celle que je pratique quasiment chaque jour.

Voici mon rituel : je programme mon réveil pour 30 minutes, en comptant que j’ai un temps d’endormissement compris entre 5 et 10 minutes, en fonction de la fatigue. Il me reste pile les sacro-saintes 20 minutes dans le calcul et quand j’émerge, je suis fraîche, détendue et relaxée.

J’ai l’impression d’avoir démarré une nouvelle journée du bon pied, et c’est une sensation incroyable. Je conseille vivement à tous ceux qui ont eu une matinée difficile, ça vous permettra d’avoir deux journées en une, la deuxième en étant nettement plus en forme que la première !

De 1 h à 1h30 : la sieste régénératrice

La sieste dite “longue” viendra à votre secours si vous êtes réellement en carence de sommeil. Nuit de 4 heures ou pire, nuit blanche, insomnies intempestives : il vous faut vous poser un peu plus pour pouvoir terminer votre journée.

Un bébé fait la sieste couché sur un chat

Au bout d’une heure de sieste, si vous me suivez, vous serez dans une phase de sommeil profond et vous aurez donc un peu de mal à émerger.

Le plus sage est de tabler sur la sieste de 1h30, soit un cycle de sommeil complet. Cette durée permet de se régénérer en profondeur grâce au sommeil profond et compensera efficacement le manque de sommeil.

À noter : en revanche, la sieste “complète” est déconseillée aux personnes qui ont des problèmes de sommeil car elle risque d’empiéter sur le sommeil nocturne.

Mon astuce pour sieste “complète”

La sieste complète de 1 heure 30, c’est la sieste des grands jours, des longs dimanches d’été en extérieur sous les ombrages d’un arbre, ou dans la chambre, persiennes closes, au retour de la plage.

Attention : il faut toujours mettre son petit réveil histoire de ne pas plonger dans une sieste de 3 heures.

Quand j’en ai le temps, je m’y adonne avec une joie indescriptible, juste pour le plaisir.

Où se livrer à l’art sacré de la sieste

S’il est fort agréable de piquer un petit somme dans le hamac sous le figuier, il peut être plus compliqué de dormir assis dans les transports en commun ou à son siège de bureau (sauf pour les experts).

Siesteuse invétérée, j’ai identifié et testé pour vous plusieurs lieux de sieste accessibles facilement.

1. Chez soi

Une jeune femme tombe de fatigue sur son lit

Cela va sans dire, c’est pour moi l’idéal. Vous êtes au calme, vous pouvez déjeuner tranquillement juste avant et aller vous reposer pour votre petite sieste, sans être dérangé·e. 

2. Dans la voiture

Bon, là, c’est moins glamour, mais ça peut être pratique (sauf si vous roulez en Smart ForTwo). Je recommande la sieste dans la voiture pour tous ceux qui sont sur leur lieu de travail entre midi et deux (ou dans l’après-midi) et qui ne peuvent pas s’isoler. 

Une femme s'installe pour faire la sieste dans sa voiture

Pour bien siester dans sa voiture, j’ai pour ma part un “kit de sieste” dans mon coffre. Un plaid tout doux, un petit oreiller, des boules Quies. J’ai un parking sous-terrain au bureau donc c’est assez pratique car en fonction des places je peux être super au calme, sans être importunée (mais ça arrive malgré tout qu’une grosse bagnole démarre juste à côté et me réveille). 

À adapter si vous avez un parking extérieur. Choisissez une place loin des fenêtres à l’abri des regards, idéalement sous un arbre. N’oubliez pas de verrouiller les portes.

Un homme marocain fait la sieste dans une charette à Marrakech
Quand il s’agit de faire la sieste, aucun véhicule n’est inapproprié, finalement.
Photo par Mika via Unsplash.

Je m’installe pour ma part sur la banquette arrière (le privilège d’être petite !) sinon certains s’allongent sur les sièges avant en les abaissant au maximum.

Je mets mon réveil, et hop ! En remontant dans les bureaux, je m’arrête aux toilettes, histoire de me donner un petit coup de peigne. Ni vu, ni connu, je repars avec un nouveau souffle.

3. Dans le parking d’Ikea (ou n’importe quelle autre grande surface)

Vous n’avez décidément pas d’intimité sur le parking de votre lieu de travail ? Optez pour une sieste dans le parking sous-terrain d’une grande surface !

La technique est la même qu’au bureau, mais vous y êtes parfois plus tranquille, surtout si vos bureaux sont des tours qui ont une vue plongeante sur le parking en bas (oui, ça ne le fait pas de sortir de sa Twingo toute échevelée, tout de suite, ça attire les suspicions).

En plus, ça vous permet d’aller chercher votre petite salade ou sandwich juste avant ou après, c’est parfait.

Des Chinois font la sieste sur les matelas d'Ikea à Shanghai
En Chine, la sieste à beau être un droit constitutionnel, les petits sommes bien installés sur les matelas d’Ikea sont désormais prohibés. Source : VGC

Pour les nostalgiques, sachez qu’il n’est malheureusement plus possible de faire la sieste directement DANS les magasins Ikea chinois, ce qui était toléré jusqu’en 2017. La Chine a beau avoir inscrit le droit à la sieste dans sa constitution, c’est vrai que mine de rien, ça fait désordre.

4. Dans le train ou dans l’avion

Je n’ai personnellement jamais réussi à faire une sieste dans le métro. Mais je crois que certains parisien·e·s y arrivent fort bien 🙂 Par contre, le TGV ou l’avion sont mes modes de transport favoris pour la sieste.

Dans l’avion, c’est le top, vous avez la petite couverture qui est fournie, avec le masque et les boules Quies : on va dire que l’avion est naturellement adapté à la sieste ou carrément aux longues nuits (pour les vols longs courriers).

Jacques Chirac en pantoufles et masque sur les yeux, se reposant lors d'une sieste à bord du Concorde l'emmenant en Nouvelle-Calédonie.
Jacques CHIRAC, grand siesteur devant l’éternel, a même préfacé l’excellent livre de Bruno Comby “l’Éloge de la sieste”. Ici se reposant à bord du Concorde l’emmenant en Nouvelle-Calédonie. Copyright: J.GAROFALO/PARISMATCH/SCOOP

Dans le train, j’essaye de toujours prendre un siège près de la fenêtre, et j’emporte avec moi un grand châle ou une grosse étole (l’hiver) pour m’enrouler dedans. J’appuie ma tête contre la vitre en me servant de mon manteau ou de ma veste comme d’un oreiller.

Je mets mes boules Quies (on peut aussi, pour les plus high-tech, utiliser un casque anti-bruit : le luxe), je mets des lunettes de soleil à la fois pour la lumière et pour la discrétion, et c’est parti !

Conseil de pro : J’utilise aussi, que ce soit pour l’avion ou le train, un petit oreiller de voyage gonflable de la marque Sea To Summit, il ne pèse que quelques grammes une fois plié et il maintient bien les cervicales.

5. Dans un parc ou un jardin public

Un homme fait une sieste dans un parc, allongé sur un banc
Le jardin public, la solution “grand air” facile pour une petite sieste réparatrice juste avant de rattaquer le boulot

Uniquement valables pour l’été, les parcs et jardins publics sont un lieu de sieste très agréable. Installez-vous à l’ombre d’un arbre sur la pelouse ou sur un banc, mettez vos bouchons d’oreille et… décrochez. Il peut être utile d’avoir dans son sac un petit plaid ou une fouta pour être mieux installé·e.

ASTUCE : utiliser, comme sur l’image ci-dessus, sa petite bouteille de San Pellegrino du midi comme oreiller pour soutenir la nuque. À bon entendeur !

6. Dans un “bar à sieste” (non testé)

Concept importé du Japon, les bars à sieste font florès en France. Ils vous permettent, surtout dans les grandes villes, de vous adonner à votre sieste quotidienne dans des environnements ultra-apaisants, voire high-tech. 

Un homme se repose dans un fauteuil high-tech de bar à sieste, à Paris
Les bars à sieste vous proposent tout un échantillons de fauteuils high-tech plus sophistiqués les uns que les autres. Source: barasieste.com

Cabines individuelles, hamacs, fauteuils massants ou “apesanteur”, lits ergonomiques, musique relaxante ou ambiance “bruits de la nature” : tout est prévu pour vous permettre de vous ressourcer l’espace d’une demi-heure.

Les tarifs sont entre 10 et 20 euros pour une sieste de 30 à 45 minutes en moyenne. Des abonnements bien pensés permettent de faire baisser la facture.

Comment se livrer à l’art sacré de la sieste

1. Privilégiez le calme

Avec l’habitude, on arrive à siester même en boîte de nuit mais sur le principe, il vaut mieux favoriser un endroit calme où vous serez coupé du monde. Des boules Quies peuvent vous aider à vous isoler phoniquement. Vous pouvez aussi opter pour une légère obscurité qui facilite l’endormissement. Indispensable : mettez votre téléphone sur mode avion ! Une notification mal venue est si vite arrivée pour vous tirer de votre somme réparateur…

Homme installé dans un hamac suspendu au-dessus du vide, dans les montagnes

2. Allongez-vous

On a parlé de se caler dans le métro, les toilettes du bureau ou le siège de votre voiture mais sachez-le, siester allongé procure davantage de bénéfices. Le top est même de se mettre en “position latérale de sécurité”.

3. Prévoyez un petit plaid

Quand vous dormez, la température du corps chute. Une petite couverture d’appoint sera parfaite pour vous permettre de dormir en tout sérénité sans finir avec la goutte au nez.

Un chien s'enroule dans une couverture pour aller dans son panier pour une sieste

4. Tournez-vous vers des techniques de respiration et de méditation

Quand on n’y est pas habitué, s’endormir sur commande peut être au départ difficile. N’hésitez pas à vous rencarder sur les différentes techniques de respiration profonde qui facilitent l’endormissement. Ça va vous aider à vous focaliser sur votre souffle pour décrocher plus facilement de l’état conscient.

La sieste, porte d’entrée vers les états mystiques

Je n’allais quand même pas finir cet article sans parler spiritualité.

Billie Eilish se le demande à juste titre, “When we fall asleep, where do we go?”. Ben oui, tiens ? Où qu’on va quand on dort ?

La sieste, un état de conscience modifié

Le sommeil fait partie des trois états de conscience qu’il nous soit donné d’expérimenter, avec la veille, et le rêve.

Pour bien des sociétés (chamaniques notamment), l’état de rêve et le sommeil profond font partie des “mondes mystiques” dans lesquels l’âme s’échappe pour recevoir des messages de l’au-delà, de Dieu, des ancêtres ou autres, et permettre ensuite à la conscience de s’élever dans le monde réel grâce à cette connexion aux forces primales de l’univers. 

Chaman mexicain en train d'exécuter un rituel

Victor Hugo dans Le Promontoire du Songe écrivait même  : « Les phénomènes du sommeil mettent-ils la partie invisible de l’homme en communication avec la partie invisible de la nature ? »

Bien vu ! Il existe un état psychédélique tout à fait fascinant qui intervient pile au moment du passage entre la veille et le sommeil. Cet état porte un nom à coucher dehors : il s’agit de l’état l’hypnagogique. 

Dans cet état où l’on oscille entre sommeil et éveil, on se retrouve particulièrement sujet aux expériences sensorielles inhabituelles, comme des hallucinations auditives ou visuelles, ou des pensées embryonnaires, avec en prime une activité cérébrale pas tout à fait éteinte qui fait, Ô magie, que l’on se souvient partiellement de ce qu’on expérimente.

Une jeune femme fait des rêves mystiques en faisant la sieste

Les artistes du XIXe siècle dont Salvador Dalí (avec sa fameuse technique de la clé) se servaient de l’hypnagogie pour trouver leurs plus belles inspirations créatives dans cet état qui est une porte ouverte directe sur notre inconscient.

Le sommeil (de la sieste, notamment), considéré comme sacré dans certaines civilisations, permettrait un remaniement du subconscient favorable aux “métamorphoses de l’âme”. Pendant la sieste, nous procéderions, comme un ordinateur triant ses données en mémoire, à une compilation / réorganisation de tout notre vécu, nos expériences de vie et émotions pour ordonner notre subconscient/âme et devenir des êtres meilleurs.

La sieste, méthode universelle pour développer sa créativité

Il est aujourd’hui scientifiquement démontré que de nombreuses images et idées viennent spontanément à l’esprit dans l’état de demi-sommeil qui caractérise la sieste.

La raison ? L’accès au subconscient est le point de départ de toute créativité. L’inconscient (ou “l’âme”, pour les croyants) agit comme un réservoir infini d’inspiration et de savoir qui contiendrait toutes nos inventions futures, poursuivant que nous puissions y accéder.

Un inventeur trouve une idée en se touchant le front, gif en noir et blanc

Pour accéder au subconscient, il faut faire un “vide intérieur en soi” et ralentir les rythmes cérébraux. La méditation, la prière, l’hypnose ou bien la sophrologie sont des méthodes qui permettent l’accès au subconscient.

Mais la sieste est sans doute la méthode la plus accessible à tous pour développer sa créativité !

Bruno Comby le formule impeccablement “Grâce à la sieste, nous pouvons tous connaître très facilement l’état psychique de détachement des grands sages”.

Vous trouverez ainsi, sur la toile et ailleurs, moult exemples de scientifiques et siesteurs célèbres comme Léonard de Vinci, Einstein, Kékulé, Edison, Archimède ou le plus célèbre d’entre tous, Newton (qui, selon la légende, découvrit le principe de la gravitation universelle lors d’une sieste sous un pommier où la chute d’une pomme sur sa tête le tira brusquement de son sommeil) qui ont eu l’idée géniale de leur découverte scientifique pendant leur sommeil.

Conseils de pro pour résoudre un problème / trouver une idée pendant la sieste

Dans son livre, Éloge de la sieste, Bruno Comby présente une méthode infaillible pour rendre vos siestes plus créatives, voire même, pour trouver une solution inattendue à un problème qui vous turlupine.

1) Au moment de vous endormir, posez-vous mentalement la question à laquelle vous souhaitez obtenir une réponse : “Je cherche une réponse à” ou “Quelle idée de cadeau puis-je avoir pour l’anniversaire de mémé”.

2) Persuadez-vous que votre sieste vous apportera la réponse voulue : cette orientation mentale est déterminante pour permettre à votre inconscient de prendre le relais.

3) Notez toutes les images, les idées qui vous viennent à votre réveil. L’idéal pour cela est d’avoir sous la main un “carnet de sieste”.

En résumé 

  • La sieste est pour tout le monde, pas seulement Papy ou Ange
  • La durée optimale d’une sieste est de 20 minutes, mais 5 minutes sont déjà bénéfiques
  • La sieste permet une recharge d’énergie de à 10 à 15 fois sa durée (sieste de 20 minutes = 3 heures minimum de boost)
  • La sieste a un impact bénéfique scientifiquement validé sur votre santé physique (cardio, immunité, système nerveux) mais aussi sur votre santé psychique (stress, dépression)
  • La sieste vous emmènera dans des au-delà fascinants qui stimuleront votre créativité plus que jamais
  • Au regard des bénéfices fondamentaux pour notre santé physique, mentale et spirituelle auxquels elle donne accès, la sieste devrait être un droit universel, notamment en entreprise.

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2 commentaires

  • Line

    Merci pour cet article qui fait du bien… je pratique assez facilement, et avec bonheur la sieste de 20 min qui en effet permet d’être tellement plus efficace l’après-midi… j’en ai bien profité pendant le confinement, mais hélas il faut un jour retourner au bureau et j’avoue ne pas arriver à y faire la sieste. Comme tu le dis bien au début, c’est malheureusement assez mal vu et même si je pense que ce serait relativement bien accepté par mes collègues, j’ai dû mal à être suffisament tranquille pour m’endormir… avec un peu d’entraînement peut être… ?
    Les astuces de lieux de sieste sont pas mal, je n’y avais jamais pensé… bon le soucis c’est que mon vélo n’est pas un endroit très confortable 😀

    • Aude

      Merci Line pour ce commentaire qui sent le vécu ❤️ Je vais réfléchir à lancer des “challenges sieste” hebdomadaires pour aider tout le monde à se lancer. Le premier sera : “faire la sieste dans une bibliothèque” (j’ai hésité avec “faire la sieste dans le rayon Littérature étrangère de la Fnac”) 😉

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