Assis sur le portaledge au dessus des gorges du Verdon
Expériences

Nuit en portaledge et grande voie dans le Verdon

Pour les grimpeurs comme pour les alpinistes, il y a des mythes qui prennent racine dans quelques récits d’aventures extrêmes qui font à la fois froid dans le dos et irrésistiblement envie. Le portaledge en fait partie. Indispensable des “Big Walls”, ces parois vertigineuses de plusieurs centaines de mètres qu’on trouve notamment dans le légendaire Yosemite, le portaledge est une tente de paroi, sorte de rectangle de toile tendue avec armatures métalliques, le tout accroché en un point et qui permet de dormir suspendu dans le vide.

En escalade comme en alpinisme, les aficionados y ont recours quand l’ascension doit durer plusieurs jours et nuits. Pour l’anniversaire de mon cher et tendre, féru d’alpinisme, l’idée était de vivre l’expérience du portaledge dans un site culte pour tous les grimpeurs : le Verdon. Récit de deux jours et une nuit passés en paroi dans la célèbre voie d’escalade “La Demande”.

Surprise d’anniversaire au cœur des Gorges du Verdon

Il fait très beau en ce weekend de mi-septembre et on roule toutes fenêtres ouvertes dans les gorges du Verdon. Julien ne sait pas où je l’emmène. Il n’a rien vu dans la voiture qui pourrait lui mettre la puce à l’oreille sur la nature de l’activité du weekend et il ne cesse de me questionner : canyoning ? Rafting ? Parapente ? Il sait que dans tous les cas, il va s’agir d’une expérience à caractère d’aventure.

On finit par arriver devant une maison un peu en hauteur du village de La-Palud-sur-Verdon, fief de Patrick Edlinger, la légende de l’escalade française qui avait fait ses premiers exploits en solo intégral dans le Verdon dans les années 1980.

Falaise dans les Gorges du Verdon
Les falaises calcaires du Verdon se dressent dans la végétation.

Un jeune homme nous accueille. Il s’appelle Kevin, il est nature, souriant et baraqué, avec des mains calleuses comme celles d’un paysan russe. Il ouvre la porte de son garage : c’est farci de cordes, dégaines, friends en tous genres, et Julien commence à comprendre.

Malgré tout, il est un peu incrédule et s’inquiète de ne pas avoir ses chaussons d’escalade et son baudrier… Chaussons et baudard que j’avais pris soin de bien planquer dans un sac Carrefour derrière les sièges de la voiture.

Kévin finit par lâcher le morceau : “On part pour une grande voie de 300 mètres avec nuit en portaledge !”. Il est super enthousiaste. Julien l’est beaucoup moins. Il sait que le Verdon n’est pas un rêve de grimpeurs pour rien : les voies de ces falaises d’une verticalité assourdissante sont exigeantes. Rien à voir avec les grandes voies qu’on a l’habitude de faire ensemble pour se dégourdir les jambes et qui dépassent rarement le 5b en tête !

Vue de la rivière verdon serpentant au milieu des gorges
Le Verdon se fraye un chemin au milieu des falaises superbes des gorges du même nom.

Kévin le rassure instantanément : il nous hissera à la Micro-Traxion au moindre problème. BE d’escalade aguerri et athlète de haut niveau jusqu’à il y a peu, Kevin a à son actif plusieurs big walls et de belles expéditions dans le monde, notamment en Amérique Latine ou aux US. Autrement dit, il grimpe à l’aise “dans le 8c jusqu’au 9a, avec entraînement”. CQFD. Il a créé son entreprise “L’Instant Verdon” en 2018, pour accompagner ses clients avec son amie Emma dans des activités autour de l’escalade ou du canyoning, sur le terrain de jeu presque infini que constitue le Verdon.

“La Demande”, voie d’escalade mythique du Verdon

Préparatifs et sacs de hissage

La voie sur laquelle on s’est entendus est la mythique “Demande”, une grande voie de 320 mètres, première voie du Verdon à avoir été ouverte dans la falaise de l’Escalès en 1968 par F.Guillot et J.Coqueugniot. Malgré ses complexités, c’était sans doute la plus “faisable” du secteur, au vu de notre petit niveau !

Topo de la grane voie d'escalade
Topo de “La Demande”, grande voie mythique dans le Verdon.
Vue des falaises du Verdon depuis la voie d'escalade La Demande
Vue des falaises du Verdon depuis la voie d’escalade “La Demande”.

Pour notre aventure, on prépare trois gros sacs de hissage : l’un contient le portaledge, les deux autres, notre matériel de bivouac, ainsi que la nourriture et l’eau pour deux jours. Et c’est parti.

On se gare au bord de la route et en 5 minutes de marche, on est au bord de la voie. Le site est splendide, avec vue plongeante sur les gorges du Verdon, ses falaises calcaires abruptes, ses chênes blancs et ses pins sylvestre. Le Verdon a cette particularité de permettre d’atteindre les voies d’escalade par le haut, de descendre en rappel au pied et de faire la sortie au point de départ.

Vue d'en haut sur la rivière Verdon
Vue d’en haut, la rivière Verdon étale ses teintes émeraudes au milieu de la forêt de pins sylvestres.

C’est l’été indien et on profite d’une très belle température estivale. On est en t-shirts (mon choix du Verdon pour cette expérience avait été aussi déterminé par les conditions climatiques de la région, particulièrement clémentes même en septembre, alors que dans le Vercors ou en Chartreuse les nuits commençaient déjà à être fraîches).

Descente en rappel, dépose du portaledge et premières longueurs

Première étape : la descente en rappel. Il s’agit tout d’abord de se laisser glisser jusqu’à mi-hauteur de la falaise pour caler le portaledge sur un relais, puis descendre tout en bas pour attaquer la grande voie et enfin remonter pour arriver au ledge avant la nuit.

Descente en rappel dans la voie La Demande
Descente en rappel : j’ai la chance de ne pas porter l’un des gros sacs de hissage !

Kévin passe en premier avec le portaledge et un sac, je lui emboîte le pas et Julien suit avec le dernier sac. Une fois le portaledge arrimé à flanc de paroi, on continue la descente. Là, on a le choix : démarrer tout au pied de la voie et s’envoyer les 320 mètres de “La Demande” ou shunter les deux premières longueurs pour arriver plus tôt au bivouac et profiter de la fin d’après-midi avec un petit apéro.

On prend la 2e option, sentant qu’on va déjà bien en avoir plein les pattes. On grimpe en flèche —non pas qu’on aille super vite, mais ça signifie que Kevin passe en tête et qu’on attaque derrière chacun sur un brin.

Autoportrait dans la voie d'escalade La Demande dans le Verdon
Autoportrait dans la voie.

Il fait très beau et malgré les difficultés des longueurs qui flirtent davantage avec le 6a que le 5, on ne s’en sort pas si mal (il faut dire que Kévin a de l’expérience et veille au grain en accompagnant généreusement chacun de nos efforts par un petit coup de hissage en cas de besoin). On note certains petits passages sympas comme une petite traversée, des dièdres ou de jolies fissures.

Passages aériens dans les premières longueurs de La Demande
Passages aériens dans les premières longueurs de La Demande.

Installation du portaledge et dîner suspendu

Il est 19h00 environ quand on arrive au lieu de bivouac, qui se trouve au 6e relais. Il s’agit d’une baume dont le renfoncement dans la paroi permet —presque— de tenir debout, le rocher sous nos pieds étant quand même vraiment en pente. On se vache (= on s’attache) sur une ligne de vie tendue entre deux points et on s’attèle à déballer le bazar.

Préparation des sacs de hissage pour installation d'un portaledge dans le Verdon
Kévin s’apprête à sortir le portaledge de son sac. A côté, tout est arrimé à la ligne de vie.

Kévin entreprend d’installer le portaledge, un bel embrouillamini de sangles et d’armatures qu’il faut assembler. En parallèle, on attache rigoureusement tout notre matériel pour ne pas qu’il nous échappe dans cet environnement aérien. Pour une nuit, il va nous falloir apprendre à vivre suspendus.

Rège numéro 1 : se vacher en permanence sur la ligne de vie, et à chaque déplacement, s’assurer qu’on a toujours l’un des mousquetons de sa longe qui nous rattache à la ligne.

Règle numéro 2 : tout accrocher avec des “skifs” (mousquetons), chaussures, sacs à dos, appareil photo pour éviter toute chute malencontreuse de matériel.

Kévin installe le portaledge dans
Kévin installe le portaledge pour la nuit.

Enfin, la plate-forme du ledge se dessine et on peut s’asseoir. C’est un modèle 2 personnes de chez Black Diamond qui constitue au final un lit aussi confortable qu’un transat Lafuma. On déballe les duvets et surtout, l’apéro.

Le portaledge est déplié en pleine paroi dans la voie
Le portaledge est déplié en pleine paroi.

Kévin a pensé à tout —il sait qu’il s’agit là de fêter un anniversaire— et on débouche une belle bouteille de rouge. On regarde la rivière couler tout en bas sous nos pieds avec une délectation de gosses. Le soleil se couche derrière les hautes parois de calcaire et on se sent incroyablement bien, suspendus dans le vide. La vue est à couper le souffle.

Chaussures et vue plongeante sur le verdon depuis un portaledge
Vue plongeante sur le Verdon depuis le portaledge.

Le repas se compose de tortellinis bio aux champignons avec biscuits bio et chocolat pour le dessert. Le réchaud de Kévin nous fait une petite frayeur, la bouteille de gaz toute neuve refusant de s’amorcer, mais après plusieurs tentatives on arrive à faire chauffer notre repas.

C’est incroyable comme tout est tellement délicieux en pleine nature, encore plus quand vous vous sentez fourbus des 100 mètres de grande voie que vous venez de vous envoyer.

Repas à la frontale au-dessus du vide, depuis un portaledge, dans le Verdon
Repas à la frontale au-dessus du vide.

Bivouac en paroi sous les étoiles

Il fait maintenant nuit et la lune monte lentement au-dessus de la falaise. Frontales sur la tête, on se cale dans nos sacs de couchage, tout habillés et surtout toujours attachés par nos baudriers. Kévin, quant à lui, va se coucher dans son hamac installé à quelques mètres de nous. On est prêts à dormir sous les étoiles.

Coucher de soleil sur le Verdon et lever de lune
Un lever de lune à couper le souffle, au-desus des falaises du Verdon.

Beaucoup de personnes demandent à cet instant : “Mais comment vous faites pour aller aux toilettes ?”. Et bien, on se vache sur la ligne de vie avec une longe attachée à notre baudrier, on descend du portaledge, on se met sur la pointe des pieds au bord du précipice. À partir de là il y a deux options : 1) si on est un homme, on s’en sort pas trop mal, 2) si on est une femme, on a prévu l’accessoire ultime, le PISSE-DEBOUT.

Oui mesdames, que ce soit en voyage au bout du monde dans des toilettes peu recommandables ou en falaise, le pisse-debout sera votre meilleur allié qui vous évitera d’avoir à défaire votre pantalon et la moitié de votre baudrier, en tenant en équilibre sur un bout de vire.

Dans nos sacs de couchage sur le portaledge dans le Verdon
Prêts pour la nuit en portaledge, bien au chaud dans nos sacs de couchage en duvet !

Question numéro 2 : “Mais, on dort bien, attaché dans son baudrier ?”.

D’une manière totalement inattendue, je dors comme un bébé. Le portaledge est confortable, je suis installée contre la paroi et mon sac de couchage Phantom Flame de chez Mountain Hardwear (non non, je ne suis pas —encore ?— sponsorisée mais j’adore ce sac de couchage 4 saisons en duvet que j’emporte dans tous mes voyages) me fait un petit cocon douillet. 

Deuxième jour : escalade galère entre fissures et cheminées

Lever de soleil sur les gorges et balai de vautours 

Julien, lui, qui a été installé au bord du ledge, face au vide (anniversaire insolite oblige), passe une moins bonne nuit. On est malgré tout réveillés pour assister au lever de soleil sur les gorges et c’est un spectacle fascinant. Les vautours matinaux tournoient au-dessus de nos têtes. Ils nous accompagneront tout au long de l’ascension, majestueux avec leur envergure impressionnante.

Au lever du jour, sur le portaledge dans le Verdon
À peine réveillés de notre nuit en portaledge pour assister au splendide lever de soleil sur les falaises du Verdon.

Tranquillement, on attend que Kévin se réveille pour prendre le petit déjeuner. Une fois notre café-biscuits avalé, il faut plier tout le dispositif. Le process prend bien trois quarts d’heure. Et on est prêts pour grimper à nouveau. On voit Kévin s’élever avec grâce jusqu’au prochain relais, sachant qu’on aura beaucoup moins de style quand ce sera notre tour.

Une ligne directe dans la falaise, mais gare aux cheminées !

Pour cette deuxième journée, on est un peu moins valeureux. Les courbatures se font sentir, pour ma part, et la fatigue avec. On trouve que certains passages sont vraiment gratinés et si Kévin n’était pas là pour voler à notre secours avec sa micro-trax’, nul doute qu’on y serait encore 🙂

La ligne de la Demande est belle et directe et suit une fissure naturelle du rocher, mais les cotations d’époque dans un style “montagne” plutôt désuet nous donnent du fil à retordre. Le V+ d’antan n’a décidément rien à voir avec un V+ actuel ! Et que dire des points, plutôt espacés et difficilement protégeables, qui nous font nous féliciter à chaque instant de ne pas avoir dû passer en tête.

Le pire pour moi se trouve sans doute dans les trois cheminées finales, sortes de longs boyaux larges d’environ 1 mètre où il faut se hisser en opposition pieds/dos sur plusieurs mètres, avec le sac à dos pendu entre les jambes (pour éviter qu’il ne nous gène). C’est réellement épuisant et ça me paraît interminable. À la fin, mes pieds n’arrivent plus qu’à grimper de quelques centimètres à la fois et Kévin me seconde dès qu’il peut depuis là-haut.

Passage complexe dans La Demande dans les cheminées
Julien se concentre sur les passages délicats des fameuses cheminées.

Julien de son côté ne fait pas le fier non plus, je l’entends souffler derrière moi. Son atout, c’est le mental, car j’avoue que même si j’ai plus d’aisance dans certains passages, l’endurance me manque considérablement, jusqu’au point où je me sens complètement découragée alors que lui tient bon.

Cairns sur le plateau qui mène à la voie
À l’arrivée, de magnifique cairns sont là pour vous accueillir.

Finalement, nous débouchons tous les trois sur le plateau sommital planté de très beaux cairns qui s’élèvent à hauteur d’homme. Le soleil vient nous réconforter et on est heureux d’avoir terminé (on ne peut pas tellement dire “réussi” au vu de l’aide incommensurable de notre guide). Je regarde en bas : les falaises vertigineuses du Verdon ont réellement un caractère de forteresse imprenable. J’ai envie de terminer en citant ici la phrase admirable de Bertrand74 sur la Demande : “On pense très fort aux anciens qui ont ouvert [cette voie] dans des conditions dantesques. Et que dire de Patrick Berhault qui a désescaladé cette voie en libre !”. CQFD.

Épinglez cet article !

Nuit en Portaledge et grande voie dans le Verdon

Ce que j'ai emporté côté matos...

left-arrow-break-dash-droite
Doudoune Patagonia Down Sweater

PATAGONIA

WOMEN DOWN SWEATER HOODIE

De l’Indonésie en passant par les Alpes, c’est LA doudoune dont je ne me sépare jamais en voyage ! Super légère et chaude (en duvet), elle se plie dans sa poche intérieure façon KWay, et est là pour réchauffer tous les moments frais.

left-arrow-break-dash
Casque Petzl Sirocco

PETZL

SIROCCO

Avec seulement 160g, ce casque se fait vite oublier même sur une longue journée de grande voie. Le plus confortable de tous ceux que j’ai essayés jusqu’ici !

PETZL

arrow-left

LUNA

Assorti à ma panoplie de bleus turquoise, ce baudrier Luna est super confortable avec ses cuisses réglables qui s’adaptent à un mini-short comme à un gros pantalon d’alpi.
Baudrier Petzl Luna

MONTURA

flèche droite

KALIMNOS WOMEN

Je crois que ce softshell est devenu un incontournable de toutes mes aventures. En scooter à Bali le soir comme en grande voie en face nord, il protège du vent et réchauffe, bref, c’est ma 2e couche favorite.

veste softshell montura kalimnos women
left-arrow-break-dash-droite
Chausson escalade eb Torch

eb

TORCH

Mes chaussons d’escalade Torch de débutante sont parfaits maintenant en grande voie, de vraies pantoufles !

left-arrow-break-dash
Sac de couchage Mountain Hardwear Phantom Flame

MOUNTAIN HARDWEAR

PHANTOM FLAME

C’est le sac de couchage 4 saisons que j’emporte  dans tous mes voyages. 1kg environ et un tout petit volume dans le sac à dos une fois compressé, il fait super bien le job jusque vers -2°C, offre le confort “doudou” d’une plume bien gonflante et ça, j’adore !

2 commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *