Homme qui marche sur un sentier enneigé en forêt en traînant une pulka
Expériences,  Finlande,  Voyages

Trek en raquettes en Laponie finlandaise : 3 jours en autonomie dans le Parc National d’Oulanka

Marcher seul dans les interminables forêts de Laponie Finlandaise enneigées en tirant une pulka derrière vous : voilà à quoi vous rêvez depuis des lustres. 

Vous arrêter dans des cabanes en rondins blotties au milieu de nulle part, aller couper du bois, puiser de l’eau en creusant un trou dans le lac, allumer le poêle et sortir vos duvets, vous régaler d’un sandwich braisé dans le feu en regardant la neige tomber, voilà qui parle à votre cœur de trappeur des temps modernes. 

Mais il y a un hic. 

La Laponie et ses étendues vierges et magnifiques, les rennes croisés au détour d’un chemin, le froid mordant, les aurores boréales qui viennent draper le ciel de leurs iridescences somptueuses vous attirent, mais vous ne voulez pas partir avec un guide. 

Vous voulez être seul·e. Vous, la forêt, la neige et le silence. Vous arrêter quand vous voulez et contempler. Un peu comme un Vincent Munier en traque de la panthère des neiges ou comme un Mike Horn errant sur des centaines de kilomètres à travers la banquise. Vivre le Grand Nord à votre façon. 

Amis trappeurs, ce récit est fait pour vous ! Partez pour 3 jours de trek en raquettes en Laponie Finlandaise en autonomie dans le Parc National d’Oulanka. 

26 kilomètres en raquettes à travers le Oulanka National Park

Marcher en raquette dans les forêts d’épicéas croulants sous la neige oui, mais avoir un guide tanqué comme un viking qui se retourne tous les 200 mètres pour vous attendre, vous qui soufflez en traînant votre pulka, non merci.

Bonne nouvelle : après plusieurs recherches sur Internet, Youtube, et de nombreux appels dans des parcs nationaux Finlandais, je vous présente ici un itinéraire de 3 jours de raquettes, à effectuer en toute autonomie. Les bloggers britanniques du blog Trigger Happy Travel et leur vidéo sur leur trek à Oulanka avec un guide a été notre base de départ, merci à eux !

Paysage neigeux de Laponie
Coucher de soleil féérique dans la forêt du parc national d’Oulanka, Laponie finlandaise

L’itinéraire que je vous présente ici est un parcours de 3 jours avec deux nuits en cabanes, dans le Parc National d’Oulanka qui se trouve à l’Est de la ville de Rovaniemi en Laponie Finlandaise. 

Le Parc National d’Oulanka a été classé par The Guardian parmi les 10 parcs nationaux européens les plus beaux à visiter. Situé sur le Cercle Polaire article, le Parc d’Oulanka est splendide en toutes saisons. 

Ses rivières peuvent être descendues en canoë, kayak ou raft en été, mais c’est en hiver, quand la neige recouvre de son manteau immaculé les étendues de forêt boréale préservée, que vous pourrez toucher du doigt la wilderness qui nous est si chère. 

Sapins recouverts de neige en Laponie finlandaise
Sapins chargés de neige, Laponie Finlandaise

L’itinéraire de trek emprunte une section du célèbre Karhunkierros Trail, ou “Sentier de l’Ours”, un itinéraire de randonnée de 82 km qui traverse la Laponie Finlandaise du Nord au Sud.

La portion qui nous concerne s’appelle le Oulanka Wilderness Trail et fait 26 km. Il y a une alternative de sentier pour l’été (en rouge sur la carte) et pour l’hiver (en bleu sur la carte). En hiver, elle se pratique très bien en raquettes à neige, mais aussi en ski ou en “Fat Bike” (VTT d’hiver à gros pneus).

Carte du Oulanka Wilderness Trail, sentier de randonnée en Laponie Finlandaise
Extrait de la carte PDF disponible sur le site des parcs nationaux finlandais

Location du matériel de trek à Adventure Apes

Sur la route vers Kuusamo

Il est 16:00 et la neige tombe à l’oblique sur la nationale 81 qui relie Rovaniemi à Kuusamo, une bourgade triste et sans charme tout près de la frontière russe. 

La route à ligne jaune est rectiligne comme dans le Grand Ouest Américain et trace une saignée dans la forêt dense. Les sapins défilent indéfiniment en une haie vert sombre aux contours flous qui donne le tournis. Pas une autre voiture à l’horizon.

La Mazda 2 louée à l’aéroport est équipée d’une petite brosse pour déneiger ses bottes, de sièges chauffants et de pneus cloutés : de quoi affronter les kilomètres d’asphalte gelé de Laponie Finlandaise.

Café et supermarché sur la route de Kuusamo en Laponie Finlandaise
Café et supermarché sur la route de Kuusamo

Sur la route, vous faites un stop dans une station service qui fait aussi office de café et de mini supermarché. Vous poussez la porte du bâtiment en tôle emmitouflé·e dans votre kit bonnet-doudoune-pantalon-de-ski-après-skis et constatez avec une petite gène dissimulée que les locaux qui sirotent un café au comptoir sont simplement en jean, petit blouson et baskets.

Dehors il fait 0 °C, bien plus que les normales de saison en cette mi-février, qui dégringolent d’habitude autour de -20°C et -30°C. Mais que voulez-vous, ce redoux, vous n’aviez pas pu le prévoir en atterrissant à l’aéroport de Rovaniemi paré·e de votre panoplie anti-froid.

Vous engloutissez votre cappuccino sans perdre de temps : vous êtes attendu·e.

Quelques kilomètres plus loin, le GPS indique qu’il faut prendre l’une des rares perpendiculaires qui mène à un groupe de bâtiments. C’est le centre Adventure Apes qui va vous accueillir pour votre première nuit en Laponie Finlandaise et vous louer le matériel “spécial Laponie” pour votre randonnée en raquettes à travers le parc national d’Oulanka.

Rencontre avec Heidi

Le centre a été aménagé sur le site d’une ancienne école primaire, et il est vrai que les bâtiments jaunes en U plutôt austères ont un petit côté ex-URSS. Mais, vous l’apprendrez plus tard, en Finlande, l’apparente froideur cache souvent un cœur d’or.

Panneau à Adventure Apes Lodge, centre de vacances près de Kuusamo, Laponie Finlandaise
Dans la cafétéria du centre Adventure Apes

Vous poussez la porte battante du bâtiment principal et une jeune femme vient à votre rencontre. Elle est blonde avec des yeux bleus rieurs, elle a de belles joues roses de Finlandaise vivant au grand air et elle s’appelle Heidi. 

Depuis quelques années, Heidi mène d’une main de maître le centre de vacances Adventure Apes. Tout au long de l’année, ce centre propose aux groupes de jeunes, aux scolaires et aux touristes de passage des activités de pleine nature encadrées, ou non. 

chaussons-en-duvet-sur-tapis-moelleux-gris
Heidi a pensé à tout pour accueillir les visiteurs au centre : mêmes aux pantoufles en duvet !

“Welcome to Finland!” Heidi vous reçoit comme si vous faisiez partie de la famille. On pourrait presque dire que c’est le cas. Depuis des semaines, vous échangez des emails pour préparer votre trek en raquettes. 

Dès le départ, Heidi a pris soin de bien cerner votre besoin — randonner en autonomie — et vous a coaché sur tout ce dont vous alliez avoir besoin côté équipement. Vous aviez trouvé son contact sur la vidéo des blogueurs de Trigger Happy Travel, qui étaient passé par elle pour la location de leur matériel, et vous vous en félicitez. 

portrait-femme-chapka
Parée pour le Grand Froid avec les chapkas de Heidi !

L’espace de quelques emails, le projet est passé du statut de “faisable” au statut “validé”. Heidi vous a demandé la liste du matériel que vous aviez déjà et vous a proposé la sienne pour compléter votre équipement. Elle vous a même envoyé des photos de ce qu’elle pouvait vous louer pour faciliter votre choix.

Sans perdre de temps, Heidi vous met le pied à l’étrier : “Now it’s time to prepare your bags for tomorrow and then we’ll have dinner”. 

Chargement des sacs à dos et de la pulka

Vous étalez tout votre bardas sur le sol du hall et commencez l’inventaire. Moufles en duvets et chaussettes d’expé “Grand Froid” spécialement achetées pour l’occasion, deux doudounes à porter en superposition dont une d’hiver pour supporter les températures polaires, veste en Gore-Tex, quatre paires de gants dont une en gore-tex, Buff, bonnets, sous-couches thermiques hat et bas en mérinos, frontales, scie, battons, popotes… Tout y est.

Matériel de trek pour randonnée en raquettes en Laponie finlandaise
Le matériel que j’avais emporté pour le trek en raquettes en Laponie Finlandaise

Heidi regarde votre équipement d’un air entendu. Votre matos semble être à la hauteur de ce qui lui semble indispensable pour aller affronter les étendues sauvages du parc national d’Oulanka.

Au cas où vous ayez été équipés comme des manches, elle a tout prévu en back-up avec une liste ultra complète. Vous ne vous contenterez que d’une partie de ses propositions pour compléter : raquettes et bottes étanches, duvets polaires, matelas “de princesses”, chapka, sifflets, cartes plastifiées, sacs à dos avec harnais et bien sûr : la pulka !

Vous trépignez en découvrant l’engin : la pulka, c’est le premier pas vers une expédition dans le Grand Nord ! Il ne manque plus que les chiens de traîneau et vous devenez Nicolas Vannier.

Mine de rien, il vous faudra bien 3 heures pour préparer vos sacs et remplir la pulka avec tout l’équipement et les vivres. Fatigué·e mais ravi·e, vous contemplez le résultat avec contentement. 

Pulka et raquettes
La pulka, ce fier accessoire de tout explorateur du Grand Nord qui se respecte, nous attend

Heidi se marre : “It took you 3 hours to pack! You deserve a nice dinner”.

Dans la salle du réfectoire de Adventure Apes qui devait être à l’origine la salle de classe principale, il y a des étagères remplies de livres, de peluches et d’artisanat local. Les grandes baies vitrées donnent sur la forêt alentour. Dehors, il fait nuit noire.

Heidi a demandé à ses cuisinières hors pair de vous préparer un repas typique de Laponie pour votre arrivée : vous vous régalez d’une entrée fraîche de crudités et ricotta, d’un plat de saumon à la crème et à l’aneth à se rouler par terre et d’un dessert de chantilly fouettée aux baies nordiques fraîches. Tout est à volonté et vous avez eu les yeux plus gros que le ventre. 

Vous vous couchez repu·e et ravie que l’aventure commence enfin.

Deux paires de raquettes à neige finlandaises
Heidi nous a prévu des raquettes adaptés aux conditions de Laponie

Jour 1 : Du Oulanka Visitor Center vers la cabane d’Ansakämppä

En taxi de Juuma au Oulanka Visitor Center

Le lendemain, vous prenez la route. Heidi vous souhaite bon voyage, avec sa prévenance et sa chaleur habituelles. “Enjoy your adventure!”. Elle vous fait des signes de la main alors que la Mazda s’éloigne sur la route 81. 

Ce matin-là il neige encore et vous êtes parti·e un peu à la bourre. Il faut conduire avec précaution sans perdre de temps car vous avez rendez-vous avec un taxi, commandé par Heidi, qui vous récupèrera dans la petite ville de Juuma pour vous emmener au Oulanka Visitor center, environ à 1 heure de route plus au Nord. 

Panneaux de signalisation à Juuma, Laponie Finlandaise
Les panneaux de signalisation sur le parking de Juuma avec, utile, le numéro d’un taxi !

Les routes secondaires que vous suivez depuis que vous êtes sorti·e de la nationale sont assez rock’n roll mais les pneus cloutés font bien leur office. Juuma est le point d’arrivée du trek qui au final n’est pas une boucle. Vous arrivez à peu près à l’heure, dans un hameau endormi sous la neige. Vous garez la Mazda sur le côté et vous guettez le taxi.

Le jeune chauffeur est un Finlandais pur souche qui, chose assez rare ici, ne parle pas un mot d’anglais. Vous chargez la pulka, les sacs et les raquettes dans le minibus. Le trajet se passe en silence. Une heure plus tard, le taxi vous dépose devant le Oulanka Visitor Center et prend congé. 

Sur le sentier de l’Ours

Le démarrage du sentier se fait quelques mètres après le centre d’informations. Votre binôme traîne la pulka et vous, vous portez le deuxième sac. Une arche en bois signale l’entrée dans les terres sauvages. Il ne reste plus que vous et la wilderness qui vous tend les bras. 

Rivière Oulanka en Laponie Finlandaise et forêt de conifère dense
La forêt de conifères qui borde la rivière Oulanka est dense

Il fait toujours très doux, environ 2 °C, et ça en devient inquiétant. Le sentier que vous empruntez est bien dammé par le passage récent d’une motoneige qui entretient le parcours. Du coup, pas besoin de raquettes. La progression est bien plus rapide ! 

Heidi vous avait prévenu que vous pouviez avoir tous les cas de figure : soit un -25 °C sous le soleil avec une couche de neige fraîche d’un mètre où vous vous enfoncez jusqu’à la taille malgré les raquettes, soit une tempête de neige où vous ne voyez pas à deux mètres, soit une météo comme aujourd’hui, avec un temps clément, presque pluvieux, et une neige plutôt tassée. Du coup les bâtons qu’elle vous a prêtés vous paraissent monstrueusement longs. Mais ils sont adaptés au cas de figure numéro 1.

Portrait de femme dans la forêt avec bâtons de randonnée et sac à dos
Dans la forêt du parc d’Oulanka, avec les gigantesques bâtons de rando prêtés par Heidi

Le sentier de l’Ours ou “Karhunkierros Trail” que vous suivez est très bien balisé, avec des fanions oranges accrochés aux arbres et des panneaux réguliers annonçant les prochaines étapes. La cabane d’Ansakämppä qui sera votre point de bivouac pour la première nuit se trouve à environ 8 kilomètres. 

Panneau de signalisation sur le karhunkierros trail, parc national d'Oulanka, Laponie Finlandaise
Le Karhunkierros trail est jalonné de plusieurs panneau de signalisation qui font qu’il est très dur de s’y perdre

Les épicéas défilent, avec leurs troncs grêles, très droits, et leurs épines sombres. Le paysage est un peu triste dans cette ambiance pluvieuse. 

Le sentier longe la rivière Oulanka qui a donné son nom au parc. Partiellement gelée, elle se dévoile au détour de certains virages et n’a rien à envier aux plus belles rivières sauvages canadiennes.

Vue sur la rivière gelée Oulanka, dans le parc national d'Oulanka, Laponie Finlandaise
Vue sur la rivière gelée Oulanka

Régulièrement, vous croisez des abris à bois et sites de barbecue publics sur le parcours. Les broches et grilles pendent, plantées dans la neige. C’est incroyable en Finlande comme tout est gracieusement mis à disposition. Vous vous faites la réflexion qu’en France, un joli site de barbecue comme ça avec tous les outils aurait été pillé en moins de deux, vous obligeant à trimballer votre grille avec vous. Ici, non. Ici, tout est prévu pour votre confort.

Il y a même des toilettes sèches ! Tous les 3 kilomètres, des petites cabanes proprettes sont disponibles pour vous permettre de faire vos besoins en toute civilité. Si vous alliez en Finlande pour vous entraîner à chier dans les bois, et ben c’est loupé. 

Toilettes sèches dans le parc national d'Oulanka en Laponie Finlandaise
Les toilettes sèches mises à disposition des randonneurs dans le parc national d’Oulanka sont incroyables de propreté

Vous poussez la porte du cabanon en retenant votre respiration, persuadé·e qu’un toilette public en pleine forêt doit forcément fleurer bon la pissotière des tranchées de 1914. Que nenni ! La cuvette est immaculée et la sciure est utilisée à bon escient. C’est à peine croyable.

Arrivée à la cabane d’Ansakämppä

Après quatre belles heures de marche le nez au vent, vous arrivez enfin à quelques mètres de la cabane d’Ansakämppä. Seulement voilà : la cabane se trouve en contrebas d’un fossé avec une descente de 50 mètres offrant une pente à 45 °C. 

Livre d'or en bois de la cabane d'Ansakämppä, parc national d'Oulanka, Laponie Finlandaise
Le livre d’or de la cabane d’Ansakämppä

C’est là que vous pouvez vous féliciter d’être deux : le plus costaud passe devant avec la pulka dans le dos et l’autre utilise la sangle pour retenir le traîneau (et éviter par là-même d’écraser son petit collègue). 

Quelques manipulations approximatives sont nécessaires pour faire tourner le bazar dans le sens de la pente en négociant entre les arbres, mais une fois dans l’axe, la descente se gère somme toute assez bien.

La cabane d’Ansakämppä est là, devant vous. Toute en rondins, une vraie cabane de trappeurs perdue au fond des bois ! Vous jubilez.

Tel un gosse à son premier camp des Castors Juniors, vous poussez la porte du chalet. Un joli poêle à bois grand luxe vous attend. Tout autour, il y a des banquettes pour accueillir jusqu’à 20 couchages. Tout ça vous paraît immense. 

Vous profitez de l’énergie qui vous reste pour préparer vos “matelas de princesse” (dixit Heidi), deux énormes matelas épais de 10 cm qui se gonflent à l’aide d’un sac étanche qui fait office de gonfleur.

portrait de femme avec bonnet

Puis c’est l’heure d’aller chercher du bois.

Il y a un abri à bois juste à côté de la cabane. Vous croisez même le garde du parc chargé de l’approvisionnement, qui est passé déposer quelques bûches. Votre moitié, galvanisé par cette ambiance “trappeur Lapon”, se saisit de la hache et, tel Charles Ingalls, se met à débiter des bûches à un rythme effréné, comme s’il avait fait ça toute sa vie.

Vous ne voulez pas rester en reste. Vous aussi, vous voulez jouer les Charles Ingalls. Vous vous munissez de la hache. Vous soulevez celle-ci bien haut derrière vos épaules, et, dans un geste souple, l’abattez sur la bûche.

Et là, c’est le drame.

Vous loupez misérablement la bûche et la hache, dans un mouvement circulaire pathétique, manque de venir s’encastrer dans votre tibia. Qu’à cela ne tienne, vous recommencez, en prenant moins d’élan cette fois.

La hache vient mollement entailler la bûche qui se tient droite devant vous. Vous soulevez le tout, hache-plantée-dans-bûche, et vous l’abattez sur le rondin de coupe une fois de plus. “Cent fois sur le métier…”. Ouais. On connait le dicton. Pour autant, que dalle. La hache ne s’enfonce pas davantage et la bûche refuse de se fendre. 

Séance de coupe de bois en Laponie Finlandaise
Séance de coupe de bois en mode trappeur

S’ensuivra alors un running gag terrible, mettant définitivement fin à votre carrière de Charles Ingalls, gag que que l’on peut admirer dans la vidéo du trek qui se trouve en bas de cet article interminable.

Vous retournez bredouille à la cabane et décidez que vous avez bien mérité une petite sieste. Le froid commence à tomber et comme il n’est que 17 heures, vous n’allez pas allumer le poêle si tôt. Vous vous enfoncez au lieu de ça dans votre duvet monstrueusement moelleux, sur votre matelas de princesse. 

Vous auriez bien siesté là toute la nuit si un bruit fracassant n’était venu vous réveiller en sursaut une heure plus tard.

Cabane d’Ansakämppä : vous n’êtes pas seuls

Quelqu’un vient de rentrer dans la cabane avec la discrétion d’un ours qui a flairé du miel dans une souche. Vous avez l’impression qu’il a arraché la porte au passage.

Vous bondissez hors de votre duvet, bien heureux·se de ne pas y avoir siesté en slip. Cinq personnes sont en train d’enlever leurs chaussures et de sortir leurs casse-dalles.

Pour la soirée en mode “trappeur esseulé dans les forêts de Laponie”, vous repasserez. 

Ce n’est pas grave. Vous avez eu votre moment de solitude lors de votre randonnée en raquettes en Haut-Verdon au mois de décembre, vous pouvez donc bien vous targuer d’un peu de courtoisie avec ces étrangers.

Vous accueilliez les visiteurs dans votre meilleur anglais et leur demandez d’où donc qu’ils viennent. 

Ils vous rétorquent : “De Lituanie”.

Aaaah, la Lituanie, ce splendide petit pays des Pays Baltes que vous ne connaissez que de nom surtout depuis qu’il participe à l’Eurovision ! Vous vous émerveillez mais votre interlocuteur barbu reste de marbre. Imperturbable, il laisse tomber un : 

“On est 15. Les autres arrivent”.

Voilà. Tout est dit. Vous étiez parti·e pour vous ressourcer au fin-fond de la Laponie et connaître l’aventure sauvage du Grand Nord en autonomie sur un sentier que vous pensiez déserté en ce mois hostile de février et au lieu de ça, voilà que vous vous retrouvez cerné·e par un groupe de randonneurs Lituaniens bruyants et austères.

Sapins du parc national d'Oulanka, Laponie Finlandaise
Sapins du parc national d’Oulanka

En effet, le reste du groupe ne tarde à arriver. En moins de trente minutes, la charmante cabane de bois se transforme en séchoir à chaussettes et à gants. Ça parle très fort et ça rigole. Des vêtements sont suspendus de toutes parts. On se croirait chez les lavandières.

La faim vous saisit. Battant en retraite, vous vous recroquevillez sur un coin de table, près de la fenêtre, alors que vos hôtes lituaniens s’étalent dans le refuge. Vous mâchonnez votre sandwich d’un air déçu. 

Cependant, tous les Lituaniens randonneurs ne sont pas hostiles et deux d’entre eux viennent à votre table avec un large sourire. Ils tapent la discutent, un peu penauds il est vrai de venir troubler la quiétude romantique du petit couple de Français. 

Ils vous expliquent qu’ils sont membres d’un groupe Facebook de passionnés de rando et qu’ils organisent régulièrement des treks comme celui-ci, à plusieurs. Pour faire passer la pilule, ils vous proposent un shooter d’un de leurs alcools locaux.

Après quoi ils vous invitent chaleureusement à venir partager leur repas. Vous mettez le nez à l’extérieur de la cabane. Sur la gazinière mise à disposition par le parc, un petit groupe de cuistots est en train de mitonner une incroyable tambouille pour 15 dans une marmite en fonte de géants, portée tout le long pour l’occasion. Vous saluez l’exploit. Les kilos de viande mijotent avec les petits légumes dans un épais bouillon de sauce. Vous expliquez que vous êtes végétarien·ne et passez votre tour pour le partage du dîner.

Vous allez finalement vous coucher car vous voulez profiter de votre journée du lendemain.

À quelques mètres de vous, le ton monte au fur et à mesure que les bouteilles se débouchent. 

À une heure du matin, la discussion bruyante tourne au pugilat et les randonneurs imbibés commencent à se foutre sur la gueule. Vous êtes obligé·e de vous égosiller pour demander le calme. Qui ne viendra pas. Bien vu d’avoir pensé aux boules Quiès : ça atténue.

Jour 2 : Ansakämppä – Jussinkämppä

La découverte de l’annexe des Hobbits

La stratégie du lendemain est on ne peut plus simple : elle consiste à se lever avant tout le monde pour partir les premiers et profiter du calme de la forêt sans randonner à la queue-leu-leu.

C’est plutôt réussi : après un passage délicat de remontage de pulka tout en haut de la colline, vous attaquez la marche à 8:30 précises et profitez de deux bonnes heures de rando dans le silence de la forêt profonde. 

Randonnée en raquettes et Pulka en Laponie
La pulka est l’accessoire indispensable de vos randonnées au long cours en Laponie

Malheureusement, vos collègues Lituaniens ne tardent pas à vous rattraper, car ils ont une belle foulée, les bougres.

L’étape du jour est plutôt courte : 7 kilomètres sur le sentier toujours impeccable, qui ne nécessite pas le port des raquettes (sauf dans les montées, pour l’accroche, et il y en a quelques-unes bien assaisonnées).

Après des passages plus découverts sur ce qui doit être des étendues marécageuses et un final dans une belle forêt, la cabane de Jussinkämppä se dévoile. 

cabane-en-rondins-de-bois-de-jussinkampa-laponie-finlandaise
La cabane en bois de Jussinkämmpä, dans le parc national d’Oulanka, Laponie Finalandaise

Elle se trouve au bord d’un magnifique lac. Devant la cabane, il y a un espace barbecue de plein air, deux toilettes sèches hommes / femmes et un grand abri à bois. 

Vous vous dites que le site doit être fascinant en été.

Mais il y a mieux.

À quelques mètres de la cabane principale se trouve un kota finlandais. Le kota est le symbole de l’art de la convivialité à la finlandaise : c’est un espace chaleureux, équipé soit d’un barbecue central, d’un sauna ou d’un spa et qui permet de partager des moments tous ensemble.

À y regarder de plus près, ce kota sous la neige ressemble à une ravissante petite hutte de Hobbits en forme de tipi ou de maison traditionnelle bretonne ou de Courtepaille, c’est selon. 

Kota finlandais à côté de la cabane de Jussinkämppä, dans le parc national d'Oulanka
Le kota finlandais à côté de la cabane de Jussinkämppä a des allures de cabane de hobbits

Le kota de Jussinkämppä comporte des banquettes de bois en circulaire, autour d’un foyer central ouvert dont la fumée s’échappe par la cheminée tout en haut. Pensée pour des dîners d’été autour du feu de camp, à l’abri des moustiques, cette hutte sera une parfaite solution de repli pour passer enfin une nuit au calme, loin du groupe des 15 randonneurs voisins.

Vous trouvez que c’est une excellente idée et vous vous appropriez l’endroit. Les Lituaniens avec lesquels vous avez sympathisé viennent visiter votre retraite et la trouvent super cool.

Puis le rituel trappeur recommence : aller couper du bois, et, à l’aide des voisins, creuser un trou dans l’épaisse couche de glace du lac pour puiser de l’eau, et préparer à manger sur le feu.

Puisage d'eau à travers un trou dans le lac gelé
Puisage de l’eau grâce au trou creusé dans le lac gelé de la cabane de Jussinkämppä

Qui n’a jamais été tenté par une nuit en cabane ? Cet abri de fortune en marge du monde civilisé, construit au fond de la nature sauvage n’est autre qu’un appel à la liberté retrouvée. S’extraire du monde pour retourner à l’essentiel, dans le silence de la solitude, se réapproprier les gestes primitifs comme puiser de l’eau, faire du feu, c’est sans doute là, l’essence de la vraie renaissance. Pour notre âme malade de sensations vraies et de déconnexion des écrans, la cabane représente un havre de paix au rythme lent, propice à la contemplation et à l’élévation spirituelle.

Vers 18 heures, la neige se met à tomber et elle ne s’arrêtera pas jusqu’au matin suivant.

Soirée dégustation avec les voisins au coin du feu

La soirée est une belle rigolade pleine de camaraderie. Pour ne pas passer pour de parfaits sauvages, vous partagez l’apéro et le repas avec vos voisins (une gigantesque marmite de pâtes au thon). 

Ils vous parlent de la Lituanie, ce pays méconnu qui est pourtant en plein boom. Ils vous expliquent les petits challenges que leur groupe se lance en voyage, comme par exemple, l’idée pour chaque membre du groupe, chaque soir, de faire une surprise à ses camarades. Ce peut être un jeu, ou une découverte culinaire, ou un alcool local. 

Lumières bleutées sur la forêt du parc national d'Oulanka
Lumières bleutées sur la forêt du parc national d’Oulanka

Bon, avouons-le, dans 80 % des cas semble-t-il, il s’agit d’un alcool local. Vous goûtez à tout : liqueur de prunes du grand-père, vodka maison au miel, gnôle rustique à la composition tout à fait occulte. Ils ont aussi apporté des pâtes de fruits fait main et quelques spécialités culinaires comme le beurre au rhum et au sucre. Ils ont pu transporter tout ça parce qu’ils sont venus en voiture puis en ferry depuis Vilnius. Heureusement, on ne vous propose pas de doubitchous.  

Ils ont une guitare et un sacré sens de l’humour, c’est chouette. Vous passez une belle soirée avant de vous retirer dans votre cahute.

Bâton avec bouchon pour pêche sous la glace
Bâton avec bouchon pour séances de pêche sous la glace, à la cabane de Jussinkämppä

Jour 3 : Jussinkämppä – Juuma

Vous dormez bien, enfoui·e dans votre énorme sac de couchage, même si la température descend vers zéro en fin de nuit. 

Au petit matin, vous êtes réveillé·e en sursaut par une mama qui vous brandit sous le nez une gamate remplie d’une bouillie jaune et odorante. “Breakfast?”

Heu, non, là non vraiment, merci, on déjeunera plus tard…

Forêt enneigée au bord du lac de la cabane de Jussinkämppä, parc national d'Oulanka, Laponie Finlandaise
La forêt enneigée avec un coin de ciel bleu, au bord du lac de la cabane de Jussinkämppä

Vous essayez de profiter de 10 minutes de sommeil de plus quand une autre mama fait soudainement irruption dans la hutte avec une bouilloire pleine de thé. 

Cette fois-ci, elle ne vous laisse pas le choix, saisit votre bol et le remplit. C’est du thé au gingembre et c’est délicieux. Vous n’avez d’autre option que de la remercier du mieux que vous pouvez. Elle vous souhaite bon voyage, dans un français balbutiant. Vous avez en réalité un petit pincement au cœur de voir partir tout ce chaleureux petit monde.

Les Lituaniens se dirigent vers la cabane suivante, celle de Silastupa, et projettent d’emprunter le sentier d’été pour s’y rendre. Vous, vous allez en direction de Juuma, sans faire le détour par la rivière. 

Heidi vous a formellement déconseillé le sentier d’été (rouge sur la carte), qui comporte une partie de descente raide sur un dévers méchant, totalement impraticable en hiver et bardé de barres rocheuses.

Chemin sur la neige à travers une étendue de forêt clairsemée
Le sentier du Oulanka Wilderness trail traverse des portions marécageuses l’été, où la forêt est plus clairsemée

Pour rejoindre le sentier d’hiver, il faut tourner à droite après avoir fait quelques mètres sur le sentier qui repart de Jussinkämppä. Vous observez devant vous les traces de raquettes qui tournent à gauche.

Vous êtes à présent seul·e dans les bois avec juste le crissement de vos pas dans la neige fraîche pour rythmer votre progression. Il a neigé toute la nuit et tout a été saupoudré de blanc. Les sapins sont chargés, et là, tout d’un coup, ça fait très Laponie. Vous vous émerveillez sans fin d’un paysage si féérique.

Le sentier emprunte des portions plus dégagées, des marais sans doute, et vous avez l’impression de marcher dans les étendues blanches, au milieu de lacs. 

Le soleil fait quelques apparitions fugaces et tout se pare alors de teintes d’or.

Rayon de soleil sur la forêt du parc national d'Oulanka, Laponie Finlandaise
Dès qu’un rayon de soleil paraît, la forêt du parc national d’Oulanka se teinte d’or

C’est vraiment la plus belle portion du parcours. Vous profitez de chaque instant, même si la route est plus longue.

Vers 16 heures, le froid retombe et vous devez, pour la première fois du voyage, sortir vos moufles d’expédition en duvet. Vous ne les regrettez pas. Vos doigts commençaient à s’engourdir.

Puis apparaissent les premières habitations : c’est bientôt la fin du parcours !

Quelques minutes de marche plus tard, le parking de Juuma est devant vous. Il est 16:30 et vous avez marché 6 heures. 

Petite maison rougedans la forêt du parc national d'Oulanka
Petite maison dans la forêt du parc national d’Oulanka

Comme toujours, le retour à la civilisation est difficile. Vous laissez les dernières écailles du trappeur s’épousseter de votre enveloppe alors que vous secouez votre Gore-Tex pour remonter en voiture.

Vous vous dites que vous reviendrez, sans faute. En été peut-être, pour voir la rivière tumultueuse dégagée de sa gangue de glace, guetter les saumons, pagayer et vous arrêter dans les cabanes au bord de l’eau, qui sont nombreuses, à l’image de celle de Silastupa. 

Arbre isolée sur étendue de neige, Laponie Finlandaise
La wilderness du Parc National d’Oulanka

La Laponie va sans doute devenir votre nouveau terrain de jeu : c’est un Canada plus proche, plus accessible (quand bien même, pour un voyage 100 % écoresponsable, déciderait-on de s’y rendre en train puis en ferry) qui n’a rien à envier à son jumeau d’Outre Atlantique. Et puis les Finlandais sont si adorables qu’ils vous donnent à eux seuls l’envie de revenir !

La vidéo du trek en raquettes en Laponie Finlandaise

Oulanka Wilderness Trail : Infos pratiques

CARTES :
  • Carte papier : Ruka Oulanka Karhunkierros 1:50000/1:25000
  • Carte PDF disponible sur le site des Parcs Nationaux Finlandais
  • App Android : Maastokartat – Cette app gratuite inclus les cartes topographiques de Finlande en version online et offline (téléchargement de zones). Waypoints, itinéraires, tout y est : j’ai pu localiser les cabanes et le sentier sans souci. L’app a fonctionné impeccablement sur tout le trajet.
  • Carte plastifiée : Heidi nous avait prêté une version imprimée plastifiée de la carte ci-dessus.
POINT DE DÉPART :
Longueur totale :
  • 26 km de sentier balisé.
Kilomètres par jour :
  • Jour 1 : Oulanka Visitor Center – cabane d’Ansakämppä : 8 km
  • Jour 2 : Ansakämppä – cabane de Jussinkämppä : 7 km
  • Jour 3 : Jussinkämppä – Juuma : 11 km
CABANES :

Les “cabanes” du Parc National d’Oulanka sont gratuites et accessibles à tous. On ne peut pas réserver sa place à l’avance. Les deux citées ici peuvent accueillir 20 personnes. Elles sont équipées grand luxe, avec poêle à bois et bois mis à disposition par le parc, et même gaz et cuisinière à l’extérieur. On devrait davantage parler de “chalet” au vu de la beauté des prestations. Il faut quand même apporter votre sac de couchage et votre matelas.

Nous avions emporté un tarp, au cas où 1) il n’y ait plus de place 2) on ait une quelconque difficulté sur le parcours nous obligeant à dormir dehors.

MARQUAGE :
  • Le sentier est balisé de traces et rubans oranges, accrochés le plus souvent aux arbres.
SAISON DE PRATIQUE :

En hiver, le Oulanka Wilderness Trail est pratiquable à partir de mi-février à avril. Au départ, on voulait partir au mois de décembre, pour profiter des lumières rosées de la nuit polaire, mais par sécurité, le parc nous a conseillé de partir en février pour avoir au moins 6 à 7 heures de jour quotidiennes.

Ce trek en raquettes en Laponie Finlandaise s’est déroulé la 2e semaine de février, du 16 au 19.

Clause de non-responsabilité

Si on a eu du mal à trouver des infos sur un trek en raquettes en Laponie Finlandaise en autonomie en hiver, c’est que les offices de tourisme de Finlande et bureaux des parcs sont mitigés à l’idée de vous laisser partir sans guide. À bon entendeur : ce trek s’adresse aux personnes expérimentées pour des treks en conditions hivernales, bien équipées et en bonne forme physique. Je décline évidemment toute responsabilité pour ceux qui partiraient la fleur au fusil sans préparation ni expérience aucune. La Laponie Finlandaise reste un terrain de pleine nature dangereux, avec des conditions de grand froid pouvant atteindre -30°c et moins en conditions hivernales. Soyez vigilant·e·s en toutes circonstances !

Épinglez cet article !

(Visited 260 times, 1 visits today)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *